Des nouvelles en vrac :
• Je suis overbooké de travail en cette semaine de bac blanc :’(
• et aussi, en train de retomber amoureux, ce qui n’est pas pour améliorer les choses…
• vivement Noël ^^… j’aurai sans doute mon Go de RAM supplémentaire, pour… ouvrir décemment Painter 9.5, continuer à faire 36 000 trucs en même temps sur le PC, et… et et et : JOUER À RAPPELZ !!! Je need, ça fait 15 jours que j’y suis plus allé ^^
• ce matin, mon bac blanc de philo, avec un texte de Malebranche, extrait de De la Recherche de la Vérité, 1675 :
“Je vois par exemple que deux fois deux font quatre, et qu’il faut préférer son ami à son chien ; et je suis certain qu’il n’y a point d’homme qui ne le puisse voir aussi bien que moi. Or je ne vois point ces vérités dans l’esprit des autres, comme les autres ne les voient point dans le mien. Il est donc nécessaire qu’il y ait une Raison universelle qui m’éclaire et tout ce qu’il y a d’intelligences. Car si la raison que je consulte n’était pas la même que celle qui répond aux Chinois, il est évident que je ne pourrais pas être aussi assuré que je le suis, que les Chinois voient les mêmes vérités que je vois. Ainsi la Raison que nous consultons quand nous rentrons dans nous-mêmes, est une Raison universelle. Je dis quand nous rentrons dans nous-mêmes, car je ne parle pas ici de la raison que suit un homme passionné. Lorsqu’un homme préfère la vie de son cheval à celle de son cocher, il a ses raisons, mais ce sont des raisons particulières dont tout homme raisonnable a horreur. Ce sont des raisons qui dans le fond ne sont pas raisonnables, parce qu’elles ne sont pas conformes à la souveraine raison, ou à la Raison universelle que tous les hommes consultent.”
… et voici, en un peu moins joli, ce que j’ai gratté [mon brouillon]
… si ça peut en aider certains… ^^
[ceux qui viennent chercher de l'aide, laissez un p'tit commentaire histoire que je sache si ma bonté a servi ^^]
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Malebranche
Q° et thème :
Comment fonder l’évidence du vrai et celle du bien (autrement dit : l’évidence des jugements logique et moral) ?
Thèse (au milieu du texte)
“Il est donc nécessaire qu’il y ait une raison universelle qui m’éclaire, et tout ce qu’il y a d’intelligence”.
Structure de l’argumentation
Cette thèse est vigoureusement argumentée autour de la réfutation de deux objections essentielles :
1. Je ne peux voir l’évidence en autrui, et par conséquent : mon sentiment peut-il être un critère nécessaire ?
2. L’erreur existe, ce qui semble incompatible avec la thèse.
à L’auteur répond à la 1ère objection en montrant que tous les jugements ne peuvent avoir pour fondement qu’une Raison Universelle (RU) qui réside en chacun de nous, et à la deuxième et en montrant que les raisons particulières [du jugement immoral ou passionnel] (RP) sont de fait contraires à la RU.
Argumentation :
Selon Malebranche, “Il est donc nécessaire qu’il y ait une raison universelle qui m’éclaire, et tout ce qu’il y a d’intelligence”. Cependant, son argumentation, qui voit dans l’évidence le critère indifférent des jugements logique et moral ne va pas sans soulever des difficultés :
a. comment l’objectivité du jugement. peut-elle être garantie ?
b. comment justifier, pour une pensée chrétienne, l’identification de la moralité à une préférence et non à un devoir ? Il convient donc, avant de dégager l’intérêt philosophique du texte, de s’interroger sur le sens et la portée de son argumentation.
Étude du texte.
I. La 1ère partie
Elle prépare la thèse (de “Je vois” à “que je vois”). Elle présente la forme d’un raisonnement rigoureux (ou syllogisme) :
Prémisse 1 : affirmation des vérités logiques et morales, (P1)
Prémisse 2 : évidence et certitude en sont les critères ultimes, (P2)
Conclusion : Il existe une raison commune à tous les esprits.
Cela ne peut guère étonner : de Descartes à Kant, la connaissance est vue comme une construction de l’esprit, d’une part, et les vérités sont invariablement saisies par un acte de l’esprit ayant le caractère d’une vision, d’autre part. Malebranche écrit bien “Je vois”, au lieu de “je sais”. L’évidence cartésienne, critère absolu de la vérité, n’est autre que le signe de la présence de l’idée vraie à la pensée. Purement intellectuelle, elle est affranchie de la sensation comme de l’imagination. Or, de ce point de vue, si le premier exemple (2 x 2 = 4) tient bien dans cette perspective, le second nous surprend : “homme” ou “chien” sont des êtres extérieurs, indépendants de ma pensée.
Prémisse 1. L’originalité de Malebranche s’affirme donc dès le début : pour lui vérités math. et morales se confondent. Ce qui est vrai se tient dans l’évidence des rapports : ce n’est ni 2 ni 4, ni ami, ni chien, qui sont des termes isolés, mais les relations qui les unissent. Qu’il s’agisse d’équivalence ou d’ordre, peu importe : ce sont eux qui sont nécessairement réels. Le type d’intelligibilité est donc pour lui identique.
Prémisse 2. Concerne la liaison de l’évidence avec l’objectivité de la connaissance vraie et assurée : Dans “Je vois … je suis certain”, à “voir” correspond l’évidence, à “être certain” correspond l’impossibilité de douter. Il s’ensuit que ce qui est évident, est aussi certain par nécessité. En revanche, ce qui est certain n’est pas nécessairement évident : en effet, il n’est pas évident que ce qui est vrai pour l’un, le soit effectivement pour les autres. Par contre, il certain que ce qui apparaît évidemment à l’un comme étant vrai doit pouvoir, au moins en droit, apparaître aussi au regard de chacun : c’est-à-dire de tous.
Bref : la vérité ne saurait être purement subjective.
Si l’on considère séparément les 2 moments du raisonnement – “la vérité est l’évidence” et “l’évidence est un principe éprouvé toujours et par tous” – alors pas de pb particulier. Mais si on les rapproche, l’évidence appartient slmt à la pensée attentive à sa propre activité. Or, je ne peux éprouver celle des autres, l’intériorité de chacun étant inaccessible. De là, la difficulté que M. transforme en objection “Or, je ne vois point ces vérités dans l’esprit des autres…”. La question devient : comment être certain que l’évidence me garantit une vérité objective ?
à Et la réponse pose alors le fondement nécessaire d’une RU., ciment de l’une et l’autre, raison de leur accord spontané. La R est U parce qu’elle est commune à toute l’humanité (“la chose la mieux partagée du monde”, selon Descartes) Prêtons attention aux termes : elle est une R qui m’éclaire et elle éclaire non slmt en moi, mais aussi hors de moi : “tout ce qu’il y a d’intelligence”. Je peux, par conséquent, la “consulter” et elle me répond. Aussi, est-elle seulement une Raison humaine ? Non : c’est une Raison divine qui peut être dite U. parce qu’elle est la R. de et en toutes choses. Procédant de la même source, l’évidence est ainsi la même pour tous.
Ccl 1. Cette interprétation est conforme à la théorie de la connaissance selon Malebranche, laquelle se présente essentiellement comme une théorie “de la vision en Dieu”.
II. 2e partie (thèse).
La thèse, située au centre du texte, est étayée par la réponse à la 2ème objection : si l’on accepte cette théorie de la RU, comment justifier l’existence de l’erreur ? Les conduites passionnées témoignent d’erreurs morales d’autant plus graves qu’elles ne sont pas forcément totalement absurdes. L’essence de la passion n’est pas absence d’ordre, mais inversion de celui-ci. Cette erreur sur l’ordre, qui me fait préférer l’animal-machine à l’être raisonnable ne peut être attribuée à Dieu : elle doit l’être, par conséquent, à une raison particulière. C’est pourquoi M. oppose RU à RP. Cmt, dès lors, distinguer ces 2 types de Raison ? Par la façon dont nous nous rapportons à l’une et à l’autre : La cause de l’erreur est dehors, celle de l’évidence, dedans ! A deux reprises, Malebranche reprend cette injonction de St-Augustin : “Rentres en toi-même, à l’intérieur de l’homme habite la vérité”. C’est en soi, dans la profondeur de la médiation que je découvre les vérités qui, de toute éternité, sont en Dieu.
Transition. Malgré toute la rigueur de la thèse, des questions restent en suspens. En particulier : L’évidence est-elle bien un critère de vérité légitime ? Lier moralité et connaissance : est-ce compatible avec la liberté humaine ?
III. Intérêt du texte.
M. m’invite à une réflexion au sens propre : à faire un retour sur moi-même. Ce qui m’est alors donné à voir, c’est la présence immédiate du vrai et celle du jugement moral. A cet égard, les 2 ex. qui ouvre le texte suscitent d’emblée mon adhésion.
Mais, si je change les données du 1er exemple, sitôt que j’accrois la difficulté (par ex. en tentant de voir un chiliogone qui est un polygone à 1000 côtés) je constate que la vérité ne peut plus faire l’objet d’une simple vision, mais d’une démonstration ou vérification. L’histoire des sciences confirme cette idée. On ne s’expliquerait pas autrement qu’il y ait un progrès dans la connaissance si celle-ci procédait seulement de l’évidence : pourquoi Aristote n’aurait-il pas vu ce que Galilée a établi ? etc. Si une vérité établie nous paraît évidente, ce n’est qu’illusion rétrospective : on oublie en fait le chemin tout aussi nécessaire qui y a conduit.
Quant au 2e ex. auquel M. consacre la plus grande partie de son argumentation, il n’est pas sans ambiguïté : “il faut préférer son ami à son chien”. D’abord, si le thème suggère bien l’idée de choix (cond. sine qua non de la vérité), il l’oriente cependant subjectivement : c’est plus un sentiment qu’un devoir commandé par l’ordre des choses qui nous enjoint de préférer l’ami (et non l’homme). Ensuite, l’identification du jugement. moral à un jugement. de préférence de ce qui est de rang supérieur implique que la moralité appartient à l’ordre de la connaissance. Il faut être déraisonnable (fou) pour préférer ce qui vaut moins. On comprend mal, dès lors, l’aveuglement passionnel. Le dogme du péché originel peut rendre compte de cette inversion de l’ordre réel, il n’en reste pas moins vrai que pour nous, la moralité relève davantage d’un acte de la volonté que d’un acte de connaissance. Kant, par ex., montrera que le jugement moral est lié à la conscience d’un devoir à accomplir par respect de la loi : c’est parce que l’homme est partagé entre la volonté d’agir par devoir et celle d’agir pour des motifs subjectifs que la moralité apparaît comme l’objet d’un choix radical. Il peut être considéré ici comme choquant d’effacer le caractère dramatique du choix chrétien. Pour Malebranche, celui qui préfère la vie de son cheval à celle de son cocher n’est “au fond pas raisonnable”… tandis que pour moi l’attitude est positivement immorale, bien que je ne puisse le démontrer en toute rigueur.
Ccl
Ainsi ce texte révèle les difficultés inhérentes à une théorie purement rationaliste de la connaissance, ainsi que la difficulté de concilier rationalisme et christianisme : il montre à cet égard que, pour fonder une morale sur la théorie du savoir il faut admettre comme allant de soi les idées relatives à l’acte de savoir – idées dont Kant révèlera bientôt les insuffisances et la fragilité.