Peu de choses me terrorisent réellement, mais elles le font bien… ^^
Trois choses, pour être précis :
Que je ne puisse plus aider les gens que j’aime, que je n’arrive plus à redonner espoir… (déjà le fait de réaliser que je ne pouvais pas aider tout le monde à moi seul, c’était un coup dur, et un rappel constant) et aussi que j’en revienne à constater qu’en pensant faire le bien, je fais le mal, et qu’en créant, je détruis…
Ça peut paraître ridicule, mais l’une des choses les plus terrifiantes qui soient au monde pour moi, c’est la routine : faire tous les jours la même chose, recommencer les mêmes gestes, redire les mêmes choses, à l’infini, comme pris dans un tourbillon sans fin, psychédélique et bourreau de la raison, c’est AFFREUX, TERRIBLE, TERRORIFIANT (comme dirait Yann
)… déjà, aller au bahut, dire salut à tout le monde en entrant dans la cour comme tous les jours de l’année, entendre l’appel, manger, puis rentrer, etc… c’est à en devenir FOU pour moi… j’ai besoin d’imprévu, de surprises, de piment, même en mal : je préfère cent fois une journée horrible mais qui a eu le mérite d’être pour le moins inattendue à une simple journée comme les autres, anonyme, vide, grise… C’est peut-être la peur de l’anonymat, de l’oubli, qui sommeille en tout homme, qui ressurgit ? mais pas seulement : je suis littéralement pétrifié à l’idée d’être puni plus tard, à devoir faire un métier répétitif, etc… c’est pour ça que l’imprévu est une part importante de ma personnalité… je suis mystérieux, oui, mais aussi impétueux, et donc imprévu… vous aurez donc compris que pour moi, la pire torture sont ces rêves où vous êtes condamnés à l’éternité, à faire la même chose à l’infini… ou bien ces cauchemars où l’on se réveille, puis l’on se re-réveille, etc… c’est affreux, tout bonnement horrible…
Et la dernière chose, qui me terrorise tout à fait, c’est de réaliser un jour que je ne reconnais plus mes propres enfants, mes proches, que j’ai perdu toute mémoire : la sénilité… je veux mourir d’une mort noble AVANT ce jour précis… vivre suspendu au bout de tuyaux d’oxygènes, ne reconnaissant plus tous ces visages au-dessus de votre lit, pourtant autrefois familiers… ne plus savoir qui l’on est, ce que l’on a vécu… c’est atroce… pour moi, à ce moment-là, on n’est plus en vie… c’est sans doute cruel, ce que je dis, mais c’est la vérité : mourir en emportant ses souvenirs, sa part d’éphémère, en pleine connaissance de cause, ça c’est beau, honorable… mais partir sans même savoir qui l’on est, à demi-mort, dans le doute, ça fait froid dans le dos… L’honneur, pour moi, ce serait de ne pas s’accrocher à la vie inutilement, savoir lorsque l’on a fait son temps, que l’on n’est plus de ce monde… se laisser partir, sans déchirement, avec l’esprit apaisé… en accord avec la mort, avec les cycles du monde… contrairement à l’immense majorité, qui, terrifiés, se voient emportés de force, qui se retiennent, s’agrippent à ce qui leur reste de vie… non, car alors à ce moment-là, on subit la mort, plutôt que de se laisser accompagner… ai-je tort?
C’est pour cela que dans mon livre, les Hommes Moindres ont une durée de vie de plus en plus courte, car, devenus avides de vie autant que de richesses, ils s’efforcent désespérément d’allonger leur existence, de force, plutôt que de profiter de ce qui leur a été concédé… si la nature en a décidé ainsi, il faut respecter ses devoirs… alors que les Rois de jadis, forts et sages, savaient lorsque leur règne était révolu, et aillaient offrir la couronne à leur aîné, puis partaient s’allonger, et se laisser emporter, en toute confiance et sérénité : les cycles du monde étaient en accord avec eux, et ne pouvaient donc leur offrir que du bien… La leçon ? être en accord avec la nature et ses lois pour qu’elle vous respecte autant que vous la respectez…