… un petit conte romantique, et avec plein de saxon en plus =)…
… pour une fois que j’en suis presque satisfait !
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La Fortune du Voleur
Se ēad þæs sceaðan
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~Contes des Jours Anciens~
~ þá Losod Talu þára Ealddaga ~
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par Wrítere Spermann, scribe de la cour de Sǽburg, capitale du Sceaðland
Heorr Fyxen était le plus grand propriétaire terrien de Stréamford et, au cours des années, il avait amassé une énorme dot pour l’homme qui épouserait sa fille, Geomora. Quand elle atteignit l’âge du consentement, il fit transporter son or dans un endroit où il serait sous bonne garde et annonça son intention de marier sa fille. Athlète accomplie et très instruite, cette dernière était certes très charmante, mais aussi sérieuse et austère. Ces mauvais côtés ne découragèrent pas ses prétendants qui ne furent pas davantage impressionnés par ses qualités. Et tout le monde savait que le futur époux toucherait une énorme dot. Cela suffit pour motiver plusieurs centaines de prétendants, venant de toute la Côte de Cristal, le Glæsríma, se rendent à Stréamford afin de faire la cour à la jeune fille.
« L’homme qui épousera ma fille ne doit pas le faire par cupidité, dit Fyxen à l’assemblée. Il doit apporter la preuve de sa propre fortune et cela doit me convenir. »
Cette seule phrase élimina une grande partie des prétendants, qui savaient que leur maigre fortune ne pourrait impressionner le propriétaire terrien. Plusieurs douzaines d’entre eux, accompagnés de serviteurs exotiques, se présentèrent en quelques jours, revêtus de vêtements de seolc brodés d’argent et voyageant dans de magnifiques attelages. Mais de tous ceux qui vinrent solliciter la main de la jeune femme, aucun ne fut plus éblouissant que Welýn Nerilisc. Le jeune homme, dont personne n’avait jamais entendu parler, arriva dans un chariot d’ébène sculpté, tiré par deux dragons. Ses vêtements étaient taillés dans les plus précieuses matières et il était accompagné de la plus fantastique armée de serviteurs qu’on ait vue à Stréamford : des valets avec des yeux au regard ardent et des servantes qu’on aurait dit faites de gemmes.
Mais cela ne suffisait pas à Fyxen.
« L’homme qui épousera ma fille doit se montrer intelligent car je refuse d’avoir un ignare comme beau-fils et comme partenaire commercial », déclara-t-il.
Cela élimina une grande partie des riches prétendants qui, grâce à leur luxueuse vie, n’avaient jamais eu besoin de beaucoup réfléchir. Il en arriva pourtant d’autres au cours des jours suivants qui firent la démonstration de leur intelligence et de leur culture en paraphrasant les grands sages du passé et en livrant leurs idées métaphysiques, philosophiques et alchimiques. Welýn Nerilisc se présenta lui aussi devant Fyxen, et lui proposa de venir dîner dans le manoir qu’il avait loué à l’extérieur de Stréamford. Là-bas, le propriétaire terrien vit des dizaines de scribes en train de traduire des textes rómánisc et se délecta de l’intelligence irrévérencieuse mais intrigante du jeune homme.
Bien qu’impressionné par Welýn Nerilisc, Fyxen lança un autre défi.
« J’aime énormément ma fille, dit-il. Et j’attends de l’homme qui l’épousera qu’il la rende heureuse. Si l’un d’entre vous la fait sourire, elle sera à lui ainsi que la dot. »
Les prétendants défilèrent pendant des jours. Ils lui chantèrent des chansons, ils proclamèrent leur amour, flattèrent sa beauté avec des poèmes. Geomora se contentait de les regarder avec haine ou mélancolie. Fyxen qui se tenait à ses côtés commençait à désespérer. Les prétendants échouaient tous, les uns après les autres. Enfin, Welýn arriva.
« Je ferai sourire votre fille, dit-il. J’irai même jusqu’à dire que je vais la faire rire mais uniquement une fois que vous aurez accepté de nous marier. Si elle n’est pas ravie dans un délai d’une heure après notre engagement, le mariage pourra être annulé. »
Le vieil homme se tourna vers sa fille. Elle ne souriait pas mais ses yeux brillaient d’une curiosité malsaine pour ce jeune homme. Aucun autre prétendant n’étant arrivé à ce résultat, il accepta.
« Naturellement la dot ne vous sera pas versée avant votre mariage, dit Fyxen. Un engagement ne suffit pas.
- Puis-je tout de même voir la dot ? » demanda Welýn.
Conscient de la renommée de son trésor, et du fait que ce jeune homme risquait de ne jamais le voir d’aussi près, Fyxen accepta. Il s’était pour ainsi dire attaché à Welýn. Ce dernier, Fyxen et Geomora descendirent dans les profondeurs du château de Stréamford. Peu après avoir passé le seuil de la cave, ils parvinrent à une lourde porte en métal, sans poignée. Le vieux marchand se dirigea vers le mur humide et enfonça une des pierres de la paroi, semblable à toutes les autres, qui ouvrit le passage. Un grand escalier s’étendait là, qui menait dans l’ombre. Plus loin se dessinait l’embrasure d’une autre porte.
La salle forte s’ouvrait en appuyant sur une série de symboles runiques : si on se trompait dans l’ordre des runes, une pluie de flèches empoisonnées venait frapper le voleur. Fyxen était particulièrement fier de son ultime système de sécurité : une serrure composée de lames avec dix-huit gorges de serrures nécessitant trois clefs qu’il fallait tourner simultanément pour réussir à entrer. Les lames étaient prévues pour éviscérer ceux qui tentaient de crocheter une serrure. Ils arrivèrent enfin à la chambre forte.
Elle était totalement vide.
« Par Ungesǽlig, nous avons été volés ! cria Fyxen. Mais comment ? Qui peut avoir commis un tel acte ?
- Un humble mais, si je puis me permettre, talentueux voleur, dit Welýn. Un homme qui aime votre fille depuis des années mais qui n’a ni le prestige ni les connaissances pour impressionner. C’est-à-dire jusqu’à ce que l’or de la dot m’en donne les moyens.
- Vous ? » beugla Fyxen qui n’arrivait pas à y croire.
Puis il se produisit quelque chose d’encore plus incroyable.
Geomora éclata de rire ; elle n’avait jamais espéré rencontrer quelqu’un comme ce voleur. Elle se jeta dans ses bras sous le regard outragé de son père, qui, peu après, se mit à rire aussi.
Geomora et Welýn furent mariés en moins d’un mois. Bien que le garçon soit assez pauvre et peu instruit, Fyxen fut surpris de constater que sa fortune ne cessait de croître avec ce beau-fils et partenaire commercial. Il s’assura uniquement de ne jamais lui demander d’où sortait tout cet or…
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Notes du traducteur :
Welýn Nerilisc, sous tous ses -nombreux- noms, est un personnage populaire dans la mythologie des tribus qui affluèrent en Englaland et Scotland depuis les terres de Norðweg. Dans cette histoire et dans d’autres, il l’emporte toujours grâce à son intelligence et à ses talents. Le fait qu’ici Fyxen jure en invoquant le dieu manipulateur Ungesǽlig démontre le respect que les Sceaðrige avaient pour les duperies intelligentes.
L’aspect romantique de cette histoire la rend assez unique : Welýn ne vole pas pour le profit, mais pour gagner la main d’une femme. Il est rare que les récits du peuple Sceaðrige parlent d’amour comme facteur de motivation. Si ces individus pragmatiques pouvaient apprécier un voleur talentueux, il n’en allait pas forcément de même pour les raisons qui le motivaient.
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Note de l’auteur :
Les Sceaðrige sont une peuplade qui, dans mes Contes des Jours Anciens, compte plusieurs tribus de nobles voleurs et brigands, qui malgré leur plaisir à piller restent emplis d’honneur et de spiritualité.
Les Sceaðland seraient-elles les actuelles îles Shetlands ? Cela se pourrait, car ces îles, d’abord peuplées par les Pictes des Dúnland du Sud de l’Écosse, furent ensuite habitées par les descendants des pillards vikings venus du Nord, amenant leur fière culture et leur art de la guerre, la Gúðlár…
De plus, cet archipel était appelé les Innse Cat en vieux gaélique, ce qui sgnifie « les Îles du Peuple des Chats »… or, les chats ne sont-ils pas l’éternel emblème des voleurs, agiles, subtiles et discrets ? Les Sceaðrige seraient-ils, dès lors, des héritiers à la fois du Caithness, des Sutherlands et de l’antique Norvège ?
Quand on sait que l’origine du mot Shetland est le mot scandinave Hjatland qui signifie « hautes terres », pour évoluer ensuite en Hjetland (Hj étant la lettre vogh ; ce Hj a été changé en z et le z altéré en sh, ce qui donne Shetland), le mystère ne fait que s’épaissir…
La devise moderne des Shetlands est eð lögum skal land byggja. Cette devise vient du vieux norrois et signifie : « le pays doit être bâti avec des lois »
Celle du vieux Sceaðland est : þæt land sceal béon arǽrt fram rihte, qui diffère un peu de par son sens : « le pays doit être bâti avec justice/droit/droiture/honneur ». Le mot « lögum » serait-il alors une altération sens originel, au contact du latin ? Qui sait…
Lothenon *Pethdan*,
Se Wordsmið thæm Losod Talum
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Explications de l’anglo-saxon :
désolé, les tableaux merdent vraiment sur WordPress en ce moment… :/
au pire, contactez-moi si vous êtes intéressé par ces explications saxonnes…
Saxon Anglais moderne Allemand Français
wrítere writer Schreiber écrivain, scribe
spere spear Speer pique, hallebarde
mann man Mann homme
spermann spearman Speermann piquier
sǽ sea See mer
burg burg, town, stronghold Burg bourg, cité, forteresse
Sǽburg Seaton Seeburg -
Sceaða thief, warrior, criminal, miscreant Dieb, Krieger, Straf, Schurke voleur, guerrier, criminel, mécréant
-rige -ians -ern -ains
Sceaðrige people of Sceaðland Folk dem Sceaðland peuple des Sceaðland
land land Land terre, pays
Sceaðland Sceaðland Sceaðland Sceaðland
heorr sir, nobleman Herr sieur, noble
fyxan foxlike füchslich tel le renard
stréam stream Strom, Strömung flot, ruisseau
ford ford Furt gué
Stréamford Streamford Stromfurt -
geomor sad, serious traurig, schwierwiegende triste, sérieux
Geomora Melancholia Melancholie Mélancolia
glæs glass Glas verre
ríma coast Küste côte
Glæsríma Glassy Coast Gläsernen Küste Côte de Cristal
seolc silk Seide soie
nerian save, protect schützen protéger, épargner
-li(s)c -ing, -lish, -ive -lig, -lich, -nde -
Nerilisc protective schützende protecteur
rómánisc roman Römer romain
ungesǽlig acursed verflucht maudit
Englaland England England Angleterre
Norðweg Norway Norgwegen Norvège
dún down unter, nieder bas
Dúnland Downland, Lowland Niederland Basse-terre
gúð battle, war Schlacht, Krieg bataille, guerre
lár lore Tradition tradition, enseignement oral
gúðlár battlelore - -
sceal should sollte doit, devrait
béon be sein être
arǽran build up, rise aufbauen, aufsteigen construire, ériger
fram by, from von, aus par, de
riht right, law, rule, justice, honour Recht, Gesetz, Herrschaft, Gerechtigkeit, Ehre droit, loi, règle, justice, honneur












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