Contes des Jours Anciens – La Fortune du Voleur – Se ēad þæs sceaðan

… un petit conte romantique, et avec plein de saxon en plus =)…

… pour une fois que j’en suis presque satisfait !

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La Fortune du Voleur

Se ēad þæs sceaðan

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~Contes des Jours Anciens~

~ þá Losod Talu þára Ealddaga ~

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par Wrítere Spermann, scribe de la cour de Sǽburg, capitale du Sceaðland

Heorr Fyxen était le plus grand propriétaire terrien de Stréamford et, au cours des années, il avait amassé une énorme dot pour l’homme qui épouserait sa fille, Geomora. Quand elle atteignit l’âge du consentement, il fit transporter son or dans un endroit où il serait sous bonne garde et annonça son intention de marier sa fille. Athlète accomplie et très instruite, cette dernière était certes très charmante, mais aussi sérieuse et austère. Ces mauvais côtés ne découragèrent pas ses prétendants qui ne furent pas davantage impressionnés par ses qualités. Et tout le monde savait que le futur époux toucherait une énorme dot. Cela suffit pour motiver plusieurs centaines de prétendants, venant de toute la Côte de Cristal, le Glæsríma, se rendent à Stréamford afin de faire la cour à la jeune fille.

« L’homme qui épousera ma fille ne doit pas le faire par cupidité, dit Fyxen à l’assemblée. Il doit apporter la preuve de sa propre fortune et cela doit me convenir. »

Cette seule phrase élimina une grande partie des prétendants, qui savaient que leur maigre fortune ne pourrait impressionner le propriétaire terrien. Plusieurs douzaines d’entre eux, accompagnés de serviteurs exotiques, se présentèrent en quelques jours, revêtus de vêtements de seolc brodés d’argent et voyageant dans de magnifiques attelages. Mais de tous ceux qui vinrent solliciter la main de la jeune femme, aucun ne fut plus éblouissant que Welýn Nerilisc. Le jeune homme, dont personne n’avait jamais entendu parler, arriva dans un chariot d’ébène sculpté, tiré par deux dragons. Ses vêtements étaient taillés dans les plus précieuses matières et il était accompagné de la plus fantastique armée de serviteurs qu’on ait vue à Stréamford : des valets avec des yeux au regard ardent et des servantes qu’on aurait dit faites de gemmes.

Mais cela ne suffisait pas à Fyxen.

« L’homme qui épousera ma fille doit se montrer intelligent car je refuse d’avoir un ignare comme beau-fils et comme partenaire commercial », déclara-t-il.

Cela élimina une grande partie des riches prétendants qui, grâce à leur luxueuse vie, n’avaient jamais eu besoin de beaucoup réfléchir. Il en arriva pourtant d’autres au cours des jours suivants qui firent la démonstration de leur intelligence et de leur culture en paraphrasant les grands sages du passé et en livrant leurs idées métaphysiques, philosophiques et alchimiques. Welýn Nerilisc se présenta lui aussi devant Fyxen, et lui proposa de venir dîner dans le manoir qu’il avait loué à l’extérieur de Stréamford. Là-bas, le propriétaire terrien vit des dizaines de scribes en train de traduire des textes rómánisc et se délecta de l’intelligence irrévérencieuse mais intrigante du jeune homme.

Bien qu’impressionné par Welýn Nerilisc, Fyxen lança un autre défi.

« J’aime énormément ma fille, dit-il. Et j’attends de l’homme qui l’épousera qu’il la rende heureuse. Si l’un d’entre vous la fait sourire, elle sera à lui ainsi que la dot. »

Les prétendants défilèrent pendant des jours. Ils lui chantèrent des chansons, ils proclamèrent leur amour, flattèrent sa beauté avec des poèmes. Geomora se contentait de les regarder avec haine ou mélancolie. Fyxen qui se tenait à ses côtés commençait à désespérer. Les prétendants échouaient tous, les uns après les autres. Enfin, Welýn arriva.

« Je ferai sourire votre fille, dit-il. J’irai même jusqu’à dire que je vais la faire rire mais uniquement une fois que vous aurez accepté de nous marier. Si elle n’est pas ravie dans un délai d’une heure après notre engagement, le mariage pourra être annulé. »

Le vieil homme se tourna vers sa fille. Elle ne souriait pas mais ses yeux brillaient d’une curiosité malsaine pour ce jeune homme. Aucun autre prétendant n’étant arrivé à ce résultat, il accepta.

« Naturellement la dot ne vous sera pas versée avant votre mariage, dit Fyxen. Un engagement ne suffit pas.

- Puis-je tout de même voir la dot ? » demanda Welýn.

Conscient de la renommée de son trésor, et du fait que ce jeune homme risquait de ne jamais le voir d’aussi près, Fyxen accepta. Il s’était pour ainsi dire attaché à Welýn. Ce dernier, Fyxen et Geomora descendirent dans les profondeurs du château de Stréamford. Peu après avoir passé le seuil de la cave, ils parvinrent à une lourde porte en métal, sans poignée. Le vieux marchand se dirigea vers le mur humide et enfonça une des pierres de la paroi, semblable à toutes les autres, qui ouvrit le passage. Un grand escalier s’étendait là, qui menait dans l’ombre. Plus loin se dessinait l’embrasure d’une autre porte.

La salle forte s’ouvrait en appuyant sur une série de symboles runiques : si on se trompait dans l’ordre des runes, une pluie de flèches empoisonnées venait frapper le voleur. Fyxen était particulièrement fier de son ultime système de sécurité : une serrure composée de lames avec dix-huit gorges de serrures nécessitant trois clefs qu’il fallait tourner simultanément pour réussir à entrer. Les lames étaient prévues pour éviscérer ceux qui tentaient de crocheter une serrure. Ils arrivèrent enfin à la chambre forte.

Elle était totalement vide.

« Par Ungesǽlig, nous avons été volés ! cria Fyxen. Mais comment ? Qui peut avoir commis un tel acte ?

- Un humble mais, si je puis me permettre, talentueux voleur, dit Welýn. Un homme qui aime votre fille depuis des années mais qui n’a ni le prestige ni les connaissances pour impressionner. C’est-à-dire jusqu’à ce que l’or de la dot m’en donne les moyens.

- Vous ? » beugla Fyxen qui n’arrivait pas à y croire.

Puis il se produisit quelque chose d’encore plus incroyable.

Geomora éclata de rire ; elle n’avait jamais espéré rencontrer quelqu’un comme ce voleur. Elle se jeta dans ses bras sous le regard outragé de son père, qui, peu après, se mit à rire aussi.

Geomora et Welýn furent mariés en moins d’un mois. Bien que le garçon soit assez pauvre et peu instruit, Fyxen fut surpris de constater que sa fortune ne cessait de croître avec ce beau-fils et partenaire commercial. Il s’assura uniquement de ne jamais lui demander d’où sortait tout cet or…

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Notes du traducteur :

Welýn Nerilisc, sous tous ses -nombreux- noms, est un personnage populaire dans la mythologie des tribus qui affluèrent en Englaland et Scotland depuis les terres de Norðweg. Dans cette histoire et dans d’autres, il l’emporte toujours grâce à son intelligence et à ses talents. Le fait qu’ici Fyxen jure en invoquant le dieu manipulateur Ungesǽlig démontre le respect que les Sceaðrige avaient pour les duperies intelligentes.

L’aspect romantique de cette histoire la rend assez unique : Welýn ne vole pas pour le profit, mais pour gagner la main d’une femme. Il est rare que les récits du peuple Sceaðrige parlent d’amour comme facteur de motivation. Si ces individus pragmatiques pouvaient apprécier un voleur talentueux, il n’en allait pas forcément de même pour les raisons qui le motivaient.

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Note de l’auteur :

Les Sceaðrige sont une peuplade qui, dans mes Contes des Jours Anciens, compte plusieurs tribus de nobles voleurs et brigands, qui malgré leur plaisir à piller restent emplis d’honneur et de spiritualité.

Les Sceaðland seraient-elles les actuelles îles Shetlands ? Cela se pourrait, car ces îles, d’abord peuplées par les Pictes des Dúnland du Sud de l’Écosse, furent ensuite habitées par les descendants des pillards vikings venus du Nord, amenant leur fière culture et leur art de la guerre, la Gúðlár

De plus, cet archipel était appelé les Innse Cat en vieux gaélique, ce qui sgnifie « les Îles du Peuple des Chats »… or, les chats ne sont-ils pas l’éternel emblème des voleurs, agiles, subtiles et discrets ? Les Sceaðrige seraient-ils, dès lors, des héritiers à la fois du Caithness, des Sutherlands et de l’antique Norvège ?

Quand on sait que l’origine du mot Shetland est le mot scandinave Hjatland qui signifie « hautes terres », pour évoluer ensuite en Hjetland (Hj étant la lettre vogh ; ce Hj a été changé en z et le z altéré en sh, ce qui donne Shetland), le mystère ne fait que s’épaissir…

La devise moderne des Shetlands est eð lögum skal land byggja. Cette devise vient du vieux norrois et signifie : « le pays doit être bâti avec des lois »

Celle du vieux Sceaðland est : þæt land sceal béon arǽrt fram rihte, qui diffère un peu de par son sens : « le pays doit être bâti avec justice/droit/droiture/honneur ». Le mot « lögum » serait-il alors une altération sens originel, au contact du latin ? Qui sait…

 

Lothenon *Pethdan*,

Se Wordsmið thæm Losod Talum

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Explications de l’anglo-saxon :

désolé, les tableaux merdent vraiment sur WordPress en ce moment… :/

au pire, contactez-moi si vous êtes intéressé par ces explications saxonnes…

Saxon Anglais moderne Allemand Français
wrítere writer Schreiber écrivain, scribe
spere spear Speer pique, hallebarde
mann man Mann homme
spermann spearman Speermann piquier
sǽ sea See mer
burg burg, town, stronghold Burg bourg, cité, forteresse
Sǽburg Seaton Seeburg -
Sceaða thief, warrior, criminal, miscreant Dieb, Krieger, Straf, Schurke voleur, guerrier, criminel, mécréant
-rige -ians -ern -ains
Sceaðrige people of Sceaðland Folk dem Sceaðland peuple des Sceaðland
land land Land terre, pays
Sceaðland Sceaðland Sceaðland Sceaðland
heorr sir, nobleman Herr sieur, noble
fyxan foxlike füchslich tel le renard
stréam stream Strom, Strömung flot, ruisseau
ford ford Furt gué
Stréamford Streamford Stromfurt -
geomor sad, serious traurig, schwierwiegende triste, sérieux
Geomora Melancholia Melancholie Mélancolia
glæs glass Glas verre
ríma coast Küste côte
Glæsríma Glassy Coast Gläsernen Küste Côte de Cristal
seolc silk Seide soie
nerian save, protect schützen protéger, épargner
-li(s)c -ing, -lish, -ive -lig, -lich, -nde -
Nerilisc protective schützende protecteur
rómánisc roman Römer romain
ungesǽlig acursed verflucht maudit
Englaland England England Angleterre
Norðweg Norway Norgwegen Norvège
dún down unter, nieder bas
Dúnland Downland, Lowland Niederland Basse-terre
gúð battle, war Schlacht, Krieg bataille, guerre
lár lore Tradition tradition, enseignement oral
gúðlár battlelore - -
sceal should sollte doit, devrait
béon be sein être
arǽran build up, rise aufbauen, aufsteigen construire, ériger
fram by, from von, aus par, de
riht right, law, rule, justice, honour Recht, Gesetz, Herrschaft, Gerechtigkeit, Ehre droit, loi, règle, justice, honneur

Contes des Jours Anciens – La Pluie de Stonebridge – Se Regen Stánbrycges

Voici un petit récit d’esprit celtique, puisque tous les noms sont en saxon [c'est que je m'y suis mis sérieusement !], presque un conte pour enfants, mais qu’à cela ne tienne, vous êtes de grands enfants aussi =)

[c'est un cadeau de nouvelle année, mais faut pas le dire, chut ! ^^]

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La Pluie de Stánbrycg

Se Regen Stánbrycges

The Rain of Stonebridge

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~ Contes Perdus des Jours Anciens ~

~ þá Losod Talu þára Ealddaga ~

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(Extrait de La Chute du Chevalier, récits d’héroïsme et de chevalerie, éditée par Cíepemann Roddanius)

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La légende de Blíþweard Fréadryhten,

contée par Wídfarend Frodweald, écuyer et ami.

 

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Un mois avant la récolte, pas le moindre épi digne de ce nom ne pointait dans les champs de Stánbrycg Feldan, malmenés par la sécheresse. Vingt-sept familles au ventre creux se tournèrent alors vers leur seigneur, qui s’était toujours montré d’un grand soutien dans les moments difficiles. Ce n’est pas d’une main de fer que cet homme dirigeait ses terres, mais d’un coeur tendre : il s’agissait de mon seigneur Blíþweard Fréadryhten, chevalier errant des landes isolées de Stánbrycg.

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Je regardais tristement mon seigneur Blíþweard qui contemplait les champs desséchés du haut de son frêle donjon. Il maudissait le sort qui s’en prenait au ciel et privait les terres de pluie. Les familles dont il avait la responsabilité ne passeraient pas l’hiver, toujours froid et rigoureux dans ces régions septentrionales des Beorgland. Ses propres réserves de céréales étaient maigres. Il lui restait à peine de quoi vivre pour les mois à venir. Je sais que si mon seigneur avait eu de la nourriture, il aurait été heureux de la partager, permettant à son peuple de le rembourser de quelque manière que ce soit, quand il le pourrait… Et aux plus nécessiteux, il aurait même donné de la nourriture sans rien attendre en retour.

*

À présent, il fallait réagir. Et vite.

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Blíþweard n’épargna pas le moindre penning. Il fit appel aux sages les plus réputés et dépensa tout ce qui lui restait dans des céréales qu’il acheta aux domaines voisins. La famine n’était pas, là-bas, mais les marchands n’accordèrent pas à Blíþweard autant de céréales qu’il l’eût souhaité, même en l’échange de tous les scillings du trésor, à sec depuis longtemps.

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Un mois passa. Rien de nouveau sous le soleil. Le souffle glacé de l’hiver allait bientôt balayer le bourg de Stánbrycg, le dépouillant du peu de verdure qui subsistait encore. Les familles devraient se serrer au coin du feu pour ne pas mourir de froid ; il leur faudrait rationner le peu de nourriture que le seigneur Blíþweard avait pu leur offrir. Je voyais la patience de mon seigneur, qui semblait pourtant sans limites, s’user peu à peu. Il m’avoua qu’il envisageait même de vendre son donjon, ses biens, tout… pour garder ses gens en vie. Si seulement les récoltes étaient meilleures, ils seraient sauvés.

*
Puis, comme si Hælocwén Déesse de la Chance elle-même avaient exaucé les prières de mon seigneur, un sage ouvrit la porte du donjon de Blíþweard… avec la réponse à ses questionnements. Selon une légende, il existerait un vase qui fournirait de l’eau sans fin, l’Aiguière d’abondance. Certains racontent que les dieux eux-mêmes l’auraient créée. D’autres pensent qu’un puissant sorcier l’aurait enchantée. Peu importe, Blíþweard savait que cela pourrait sauver la province. Après avoir écouté les explications du sage, mon seigneur et moi-même partîmes en quête de la fameuse aiguière pour faire tomber la pluie à Stánbrycg.

*
Nous voyageâmes plusieurs jours avant d’atteindre l’entrée dudit lieu, non loin du Fyrgenstréam. Une grotte creusée dans le flanc d’une montagne conduisait à une petite clairière. Au coeur de la clairière, flanqué de deux pierres levées, s’élevait un autel. Et sur l’autel, trônait l’Aiguière d’abondance, dont semblait émaner une lumière intérieure. Taillé dans le cristal, ce vase était le plus bel objet qu’il m’ait été donné de voir. De l’eau en débordait mais, comme le disait la légende, le niveau ne baissait jamais. Impatient de regagner son domaine, Blíþweard se saisit de l’Aiguière. Soudain, le sol se mit à trembler comme si les montagnes manifestaient leur profonde colère. Le ciel bleu se chargea d’ombres menaçantes. Mêmes les arbres de la clairière se pliaient comme pour s’éloigner de l’autel, dans la crainte des événements à venir. Soudain, une des pierres levées se fendilla puis explosa. Je restai pétrifié à la vue du gardien de la clairière. Une créature immense, qui semblait taillée dans le même cristal que l’Aiguière… La créature s’approcha d’un air menaçant de mon maître. L’air autour de lui devint glacé comme s’il soufflait des glaciers du nord. C’était un être de glace… un être vivant, qui respirait… fait de glace !

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Blíþweard m’exhorta à m’enfuir alors qu’il dégainait son épée. Tout en tenant l’Aiguière dans une main, il décocha un coup puissant à la créature de glace. Lorsque la lame d’acier atteignit sa cible, un bruit retentissant se fit entendre. La créature fut à peine touchée, comme le plus dur des rochers frappé par une simple pointe. Sans laisser transparaître la moindre peur, mon seigneur frappa et frappa encore, chaque coup rebondissant sur le géant qui ne subissait pas le moindre dommage. Puis, un coup unique et puissant de la créature de glace assomma mon seigneur. Sa lame glissa. Il gisait sur le sol, le regard plongé dans les yeux cristallins de son meurtrier. La créature de glace leva encore une fois le bras pour asséner le coup fatal à Blíþweard.

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Je ne saurais dire pourquoi. L’instinct peut-être. Une absence… Mais mon seigneur se mit à genoux et leva l’Aiguière d’abondance en guise de bouclier. Le coup qu’assena la créature s’abattit sur le vase, provoquant un son à en perdre l’ouïe. C’était le bruit de l’eau qui coulait, soudain recouvert par le fracas terrible du vase qui se brisa en projetant des déferlantes d’eau glacée dans toutes les directions. Le liquide recouvrit la créature de glace et mon pauvre maître. Ils étaient figés sur place. Les impressions qui me traversèrent l’esprit s’avérèrent plus tard, mais je ne le savais pas encore. Terrifié, je les observai dans leur tombe de glace pure. Je vis le visage de Blíþweard se couvrir de glace. J’aurais pu jurer qu’il criait. Quelques larmes gelèrent et tombèrent par terre tels des cristaux bleus, magnifiques. Il savait qu’il avait échoué. Son peuple mourrait de faim. Par sa faute. Le gel et la glace recouvraient toute la clairière maintenant… les arbres, les pierres, le sol… tout.

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C’est alors que je réalisai que même l’air qui m’entourait commençait à geler. Au début, je pensai à une froide nuit d’hiver, puis cela a empiré. Il faisait si froid qu’on aurait dit une sorte de chaleur glaciale… C’était comme si tout autour de moi s’était mit à brûler. Ma gorge se serra. J’eus du mal à respirer. Je ne sentais plus mes jambes ni mes bras. Je voyais trouble… Il fallait que je m’enfuie de la clairière glacée et que je raconte l’histoire de Blíþweard. C’était le moins que je puisse faire pour cet homme ô combien noble. Je rassemblai mes forces et m’enfuis du feu glacial, traversai la grotte. Il s’en fallut de peu que j’y laisse la vie.

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Mon voyage de retour au domaine de Stánbrycg fut fort triste. J’avais le coeur lourd. L’esprit embué par la tristesse. C’était un homme bon. Le plus grand homme que j’aie jamais connu. Ce n’était pas une mort digne pour un paladin de cette envergure. Lorsque j’atteignis la lisière des bois de Stánbrycg Weald, les paysans m’attendaient. Alors que je m’apprêtais à leur faire part des tristes nouvelles, ils m’acclamèrent en laissant exploser leur joie. Ils me racontèrent qu’une semaine auparavant, une étrange pluie bleutée et lumineuse s’était abattue sur leurs champs. Immédiatement, les céréales se mirent à pousser comme s’il n’y avait jamais eu de sécheresse.

*

« Une semaine auparavant »… une semaine auparavant, mon maître gelait sur pied dans cette terrible clairière… Je revis ses larmes qui tombaient telles des gouttes de pluie bleutées avant de se figer sur place… Je levai les yeux au ciel. La lumière ambrée du plein midi me réconforta. Je remerciai Hælocwén et regagnai mes pénates.

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Lothenon *Pethdan*,

Se Wordsmið thæm Losod Talum

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Explications de l’anglo-saxon (faites le rapprochement entre Anglais et Allemand, c’est étonnant !) :

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Saxon

Anglais moderne

Allemand

Français

regen

rain

Regen

pluie

stán

stone

Stein

pierre

brycg

bridge

Brücke

pont

Stánbrycg

Stonebridge

Steinbrücke

Pont-de-Pierre

losod

lost

verloren

perdu

tæl

tale

Märchen

conte

ealdor

ancient

antike

ancient

dag

day

Tag

jour

cíepan

keep

halten

garder

mann

man

Mann

homme

Cíepemann

keeper-mann, storekeeper

Lagerverwalter

prêteur sur gage

blíþe

glad, merry, joyful

froh

heureux

weard

prtector, guardian

Schützer, Wacher

protecteur, gardien

Blíþweard

merry protector

froh Schützer

heureux gardien

fréa

free

frei

libre

dryhten

lord

Herr

seigneur

Fréadryhten

free-lord

frei Mann

seigneur affranchi

wíd

wide

weit

étendu

faran

go

fahren

aller

Wídfarend

wanderer

Wanderer

errant, pèlerin

frod

old, experienced, wise

alte, erfahrene, klug

agé, expérimenté, sage

weald

wood, forest

Wald

forêt, bois

Frodweald

old forest

alte Wald

vieille forêt

feld

field

Feld

champ

beorg

mountain

Berg, Gebirge

montagne

land

land

Land

terre, pays

penning

penny

Pfennig

-

scilling

shilling

-

-

hælo

luck

Glück

chance

cwén

queen, woman

Königin, Frau

reine, femme

Hælocwén

Mother of Luck

Mutter des Glücks

Mère de la Chance

fyrgen-

of mountain

von den Bergen

montagnard

stréam

stream

Strom, Strömung

ruisseau, flot

fyrgenstréam

mountain stream

Gebirgsbach

torrent

word

word

Wort

mot

smið

smith

Schmied

forgeron

Wordsmið

Wordsmith

Wortschmied

Artisan de Mots

 

 

Concept art – Sky Pirates 3 – Arnoy, Pilot of “the Impetuous”

Allez, je ne résiste pas à publier maintenant ce ptit dessin que j’ai fait en ce début de vacances ^^…

… non seulement le concept art d’un des personnages de mes aventures piratesques du ciel sur Sin’yen [oui j'en parle toujours, mais je publie jamais de texte dessus ^^... ben c'est normal parce que les textes ne sont pas finalisés, et que je me concentre d'abord sur mon cycle d'Elenardh avant de commencer sérieusement le reste... =)], mais aussi un cadeau de Noël pour quelqu’un ^^

Voici donc le lineart :

… et la version coloriée (sous Painter 9.5) :

Textes – Les Contes de Fýran [II,3] – Premier conte

C’est long mais… je me suis amusé ;) … vous y trouverez sans doute de quoi combler une ptite soirée d’hiver =)

Les contes de Fýran

II, 3

 

édité par la Librairie Glaerathan

Note du Libraire :

Les contes de Fýran se rangent en trois catégories : le cycle des Terres Boisées, celui des Palais et Rois, et un cycle sans nom de contes divers. Certains sont de la propre main du barde, tandis que d’autres, simples ombres des originaux, restent seulement des histoires pour les enfants à l’heure de se coucher.

La plupart sont affectionnés par les auditeurs autour de la cheminée, les soirs de longues veillées d’hiver. S’ils décrivent des événements réels, soit par allégorie, ou soit par simple amusement fantaisiste, seul le lecteur devra en décider.

 

 

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Conte du premier soir :

- larves et héritage, bonté et sorts mesquins -

 

Chapitre Premier

Fýran était sur la route allant d’Andriss à Erynan, quand il sentit la fatigue du soleil de midi. Ses bottes étaient trop petites et il pensait les retirer pour sommeiller un moment à l’ombre d’un chêne proche (les chênes étant les arbres favoris des bardes).

Ce chêne en particulier était vénérable et noueux, avec de robustes branches qui plongeaient et descendaient, touchant presque le sol en certains endroits. De son ombre, Fýran regardait les créatures de la forêt jouant dans la chaleur du soleil. En dehors du bruissement des feuilles, tout en haut, les seuls sons étaient ceux des ailes des papillons et des chants d’oiseaux.

« Quelle belle journée ! En vérité, depuis la première fois que les bardes ont récité des contes, n’y a-t-il jamais eu une journée plus tranquille et plus belle que celle-ci ? »

Il but à sa gourde avant de sortir son luth de son sac, s’éclaircit la gorge et commença à chanter :

« Oh, les damoiselles des plaines d’Andriss vont à la foire… …avec des yeux couleur de ciel, et des cheveux de lin… ».

Il venait juste de prendre une profonde respiration pour entonner le refrain bucolique, lorqu’une petite voix chuchota :

« Gentil barde ! »

Il bondit sur ses pieds, son visage s’empourpra.

« Qui est là ? » cria-t-il.

La petite voix répéta : « S’il vous plaît, monsieur, vous seriez tellement gentil… »

Fýran regarda autour de lui, mais ne vit personne, ni aucune créature s’adressant à lui.

« Je te prie, cria-t-il, de te montrer, ou tu auras à craindre ma dague. (en vérité il essayait désespérément de se souvenir ou il l’avait vue pour la dernière fois.) Que tu sois ami ou ennemi, je te prie de te montrer maintenant ».

La petite voix répondit au-dessus de lui, « Gentil barde, tu n’as aucune raison de me craindre, et j’ai besoin d’aide. Peux-tu voir cela dans ton coeur et m’aider ? »

Il leva les yeux, et ne vit rien d’autre qu’un petit nid de rouges-gorges, trois branches au-dessus de lui. Grimpant rapidement, il trouva un rouge-gorge avec trois petits, leur bouche grande ouverte.

« Bonne mère rouge-gorge, demanda-t-il, se peut-il que ce soit toi qui s’adresse ainsi a moi ? »

« Gentil barde, répondit-elle, je me suis blessée l’aile, et il me faudra au moins une journée avant de pouvoir voler. Si mes enfants ne mangent pas bientôt, ils mourront. Seriez-vous assez gentil pour apporter un gras et succulent repas ? Pourriez-vous trouver une chenille ou un ver de terre ou une larve pour mes enfants ? »

Maintenant, Fýran était touché et ce n’était pas dans sa nature de refuser un appel tel que celui-là, c’est ainsi qu’il parti dans la forêt.

Cherchant sous les feuilles de ronces, il trouva une petite chenille verte. Cela semblait être une nourriture parfaite pour des jeunes rouges-gorges. La ramassant de la feuille dont elle se nourrissait, il se préparait à retourner au chêne quand il entendit une toute petite voix. Il ouvrit sa main et la chenille leva vers lui ses yeux écarquillés de peur.

« Gentil barde, dit-elle, me tueriez-vous si insouciamment ? »

Fýran se gratta la tête, perplexe, et la chenille continua : « Quand tu rafraîchissais tes pieds sous le chêne, n’as-tu pas trouvé de la joie dans la beauté de mes parents, comme ils dansaient devant toi dans les taches de soleil ? Moi aussi, je vais bientôt changer. Dénierais-tu à tes successeurs la joie de ma danse ? Et si je ne vis pas pour avoir des enfants, comment tes propres enfants profiteront-ils d’une telle joie ? S’il vous plaît, humain, un ver de terre ne servirait-il pas les besoins des rouges-gorges aussi bien que moi ? »

Fýran regarda dans les yeux de la chenille et sut qu’il ne pourrait pas la donner en pâture aux rouges-gorges. Précautionneusement, il la plaça sous son buisson de mûres et continua sa recherche.

Près d’un torrent, Fýran trouva une pierre plate qui, une fois déplacée, révéla un juteux ver de terre profitant de la fraîche humidité de la terre.

« Aha, pensa-t-il. Aussi agréable qu’aurait pu être une chenille, cela semble vraiment un repas plus convenable pour des jeunes rouges-gorges. »

Il n’avait pas sitôt ramassé le ver de terre de sa fraîche demeure (où il avait frénétiquement essayé de creuser un tunnel pour s’enfuir loin de lui), qu’il entendit une voix tellement légère qu’il aurait pu l’avoir imaginée :

« Gentil barde », pensa-t-il avoir entendu, et Fýran regarda dans sa main. Le ver continua : « Je ne suis seulement qu’une humble créature, c’est vrai, mais m’accorderais-tu le droit de plaider ma cause ? »

Fýran leva les yeux au ciel comme le ver s’asseyait et saisissait sa chance.

« Je ne suis pas un ver de petite naissance, comme les autres vers que vous auriez pu trouver. Non, je suis un prince parmi les vers de terre. Je descends d’une ancienne lignée. Mes ancêtres creusaient la terre quand les flammes sortaient des noirs trous de ces terres. J’en dirige des millions comme moi. Ce ne serait pas juste pour mes loyaux sujets que, vous, bon Seigneur, leur ôtiez leur souverain, en même temps que ma vie. Je vais faire un marché avec vous. Si vous me relâchez et choisissez, à la place, une pitoyable larve pour les rouges- gorges, j’enverrai un clan entier de vers de terre pour garder votre jardin propre et l’entretenir aussi longtemps que vous vivrez. »

Le ver de terre regardait Fýran, plein d’espoir (tout en calculant la distance le séparant du sol).

« Bon Seigneur, qu’en dites-vous ? »

Fýran avait commence à perdre patience, mais, voyant la valeur de l’offre du ver de terre, décida qu’une larve ferait, en effet, un savoureux morceau pour les jeunes rouges- gorges. Il remit le ver de terre dans son frais paradis et replaça précautionneusement la pierre plate sur lui.

Et, comme il le désirait, un peu plus tard, dans une clairière boisée, en dessous d’une grande plaque d’écorce abandonnée, Fýran tomba par chance sur ce qu’il cherchait : une grasse larve blanche qui ferait grandir les petits rouges- gorges en de beaux oiseaux chanteurs. Il la ramassa de sa cachette et se mit en route.

C’était une belle journée, en effet.

Chapitre Second

Non loin de là, dans la majestueuse Laeriant, le Roi Calanion vivait avec sa charmante fille, Eleria. La princesse était la prunelle des yeux du vieil homme et le joyau de la couronne de son petit royaume. Il la considérait avec la fierté aveugle d’un père très attentionné, et elle, pour sa part, lézardait et grandissait sous le règne de sa bonté.

Laeriant était calme alors, les principaux sons étant le cahot des roues de chariots et les cris de vendeurs de rues, mais cela n’avait pas toujours été le cas.

Trois ans plus tôt, il y avait eu de grands troubles avec la cité de Canaduin, à l’Est. Ce n’était pas grand-chose, un différend sur la frontière, mais le Roi persuada un magicien nommé Longarn de venir à Laeriant a son service, pour l’aider dans le combat.

Longarn était inconnu de tous dans le royaume, et restait à l’intérieur du palais, allant et venant selon son bon plaisir.

Lorsque Laeriant l’emporta, quasiment sans pertes humaines, il y eut une joyeuse célébration durant les jours et les semaines qui suivirent.

Le temps passa, Longarn resta encore là. Le Roi, ne voulant pas paraître ingrat, ne disait rien, mais devenait de plus en plus mal à l’aise avec la présence du magicien et souhaitait son départ.

Au vingtième anniversaire d’Eleria, le Roi Calanion appela à une célébration et un congé a travers tout son pays. Il souhaitait proclamer sa retraite et la succession de sa couronne à sa merveilleuse fille. Par politesse, et rien de plus, il invita le magicien Longarn à l’aider à imaginer son discours.

Longarn était furieux. Il arpentait sa chambre, ses noirs sourcils froncés avec une intensité qui aurait aigri n’importe quel visage.

« Pourquoi, cria-t-il tout haut, suis-je traité si injustement par ce vieux bouffon ? Sans mes compétences, la lutte pour la frontière, peut-être même le royaume lui-même, auraient étés perdus. Je mérite davantage. Je mérite la couronne. La donner à sa sale maniérée de fille, qui ne pense à rien de plus que sa propre personne, est une gifle cinglante comme un gant. J’obtiendrai justice. Je vais démontrer, amplement, à la vue de tous, où se trouve la vraie puissance. »

Sur ce, Longarn prépara ses manigances.

L’anniversaire de la Princesse Eleria tombait un matin d’été. Tout le monde à l’intérieur de la ville, et des fermes à l’extérieur, s’était rassemblé au palais pour le festival.

Les bannières flottaient sur tous les toits. Les harpistes jouaient de leur instrument, et les danseurs dansaient. Les boulangers cuisaient de merveilleux desserts pour l’occasion. C’était un jour dont on se souviendrait longtemps.

À midi, précisément, le Roi Calanion et la Princesse Eleria apparurent sur le balcon principal sur les acclamations du royaume.

« Bonnes gens de Laeriant, appela le Roi, nous sommes seulement un minuscule royaume, mais nous prospérons, n’est-ce pas ? »

Des ovations retentissantes (la plupart) explosèrent de la foule en dessous. Encouragé, Calanion continua :

« Mais maintenant, je suis un vieil homme. Le jour est arrivé où du sang plus jeune est mieux venu pour veiller aux besoins et événements du royaume. Mes sujets… Mes loyaux sujets et amis… C’est avec honneur… et fierté… et la plus grande des espérances… que je transmets mon royaume et ma couronne à ma fille chérie. Pour un et tous, cher royaume, je te donne (une longue pause ici) Eleria ! »

Comme les acclamations emplissaient l’air, Calanion fit un imposant et large geste avec son bras, tentant de rendre la présentation aussi spectaculaire que la fierté qui le remplissait. Sa cage virevolta, et sa main pointa vers… personne. Qu’est-ce que c’était que cela ? Où était-elle partie ? Là où se trouvait Eleria, un moment plus tôt, il n’y avait maintenant plus rien d’autre que de l’air.

« Euh… Eleria… ? » appela-t-il, avec hésitation. Mais il n’y eut pas de réponse. Le silence tomba sur le parc et la cour. Chacun regardait l’autre nerveusement.

Le vieux Longarn battait des mains de jubilation. Il dansait. Il se félicita d’un rire non contenu. « Quel merveilleux…, cria-t-il là où il était, quel incroyablement éblouissant et talentueux magicien je suis ! » Pour ce qu’il avait fait, bien sur : se débarrasser d’Eleria une fois pour toute.

En un tournemain, rusé et malfaisant, il avait enlevé la vaniteuse créature du palais. Rien d’autre ne restait entre lui et ce qu’il désirait.

Maintenant, il faut savoir que la magie est une chose complexe. Comme toutes les forces dans le monde, elle doit être gardée en équilibre. Aussi sûrement que le jour compense la nuit, et l’été compense l’hiver, un excès de magie positive compense la négative. Pour tout pouvoir offensif ou destructeur, il doit y avoir un acte d’égale bonté ou charité, de crainte que l’équilibre soit rompu, et que les malheurs ne se répandent sur le monde.

Pour chaque magicien noir, il doit y en avoir un blanc. Pour chaque pouvoir de combat ou de destruction, il doit y en avoir un de guérison. Sachez ceci : si tous ceux qui pratiquent la magie ne lançaient rien d’autre que des sorts de guérison, d’horribles et sombres forces se développeraient jusqu’à ce que le chaos et la ruine éclatent et nous recouvrent de mort. Ainsi, les sorts de soins peuvent être brisé par le mal, et le pire des sorts être rompu par la charité. Sachant cela, Longarn avait bien conçu sa vengeance. Pour se débarrasser définitivement d’Eleria (se retenant de la tuer sur le coup), il devait imaginer un sort tellement mauvais qu’aucun acte de gentillesse ne pourrait jamais le briser.

Il retirait des poux de sa longue barbe, un soir, tard, lorsqu’il éclata de rire. Il la transformerait en quelque chose de… répugnant.

« Je la transformerai en grenouille », riait-il. Puis, il fronça les sourcils. Non… cela avait déjà été fait. Les gens pourraient s’en souvenir et fouiller les alentours, comme de stupides idiots, à la recherche de grenouilles, espérant mériter une récompense du roi.

Et alors, un plan brillant lui vint à l’esprit :

« Je la transformerai en une punaise, un insecte… un VER ! » Il faillit s’étouffer avec son vin. « Oh! Parfait… Je la transformerai en quelque chose de tellement répugnant qu’elle passera le reste de sa vie de petit insecte dans la terreur d’être écrasée par la première personne qui la verra. »

Il couina, ses anneaux magiques tintèrent et sa graisse remua. Et même, de rire, il recracha son vin par le nez. « Oh, c’est un plan absolument ignoble… », éructa-t-il de contentement.

Et c’est exactement ce qu’il fit le lendemain, à la cérémonie.

Pendant que le Roi Calanion et ses sujets se grattaient le crâne de perplexité, personne ne vit la petite et grasse larve blanche tomber sur les pavés sous le balcon principal et se blottissant immédiatement, luisante et frissonnante.

Chapitre Troisième

Eleria était terrifiée. Que s’était-il passé ? Bon, elle avait vu suffisamment de la magie de Longarn pour savoir ce qui était déroulé. Mais pourquoi ? Pourquoi lui aurait-il fait cela ? Elle n’eut pas le temps de méditer sur la question : Un gros molosse noir, des centaines de fois sa taille, courrait vers le pavé ou elle se trouvait, et manqua de la gober d’un seul coup de langue. D’une quelconque manière, elle trouva le moyen de se rouler en boule, de se glisser dans une fissure entre les pierres, et ainsi échapper provisoirement à son poursuivant. Son énoooorme gueule bruyante la suivit, bavant et haletant de grands ouragans de son effroyable haleine chaude sur elle. Mais juste comme la langue allait la happer, en direction de l’estomac en attente, le propriétaire du molosse tira un coup sec sur sa chaîne massive et entraîna la bête vers la maison.

Il est vrai qu’Eleria, dans sa vie en tant qu’humaine, se complaisait dans le luxe et n’était pas encline à l’effort, ni vraiment débrouillarde, mais c’était simplement parce qu’elle n’en avait pas besoin. Dans les jours suivants, elle dut découvrir beaucoup des deux en elle. Après l’incident du molosse, elle savait qu’elle devait s’enfuir, loin des gens et des chiens. Elle appris également de quelles sortes de petites créatures les larves de sa sorte dînaient. Elle dormait à l’abri de la vue, sous les feuilles, dans des endroits ou les asticots de son rang ne seraient probablement pas recherchés.

Mais même ainsi, les journées d’Eleria étaient remplies de terreur et de péripéties. Elles étaient rythmées par les faucons le jour, et les chouettes la nuit. Un ours, déchirant un tronc d’arbre pourrissant, gobait par centaines des larves, toutes semblables à Eleria, comme elle pouvait l’observer avec horreur depuis derrière un rocher proche. Le plus petit ruisseau était désormais un énorme et jaillissant torrent, qu’il fallait traverser dans une coquille de noix dans le plus grand des périls.

Eleria passa ces épreuves, parmi beaucoup d’autres, et elle les passa bien.

C’était dans son dixième jour de son triste sort qu’une botte maladroite écarta d’un coup de pied le morceau d’écorce sous lequel elle s’était réfugiée du soleil. Éblouie par la soudaine lumière, elle entendit une exclamation venant de tout en haut. Alors, avant qu’elle ne puisse réagir, deux doigts descendirent du ciel, la ramassèrent et la déposèrent fermement dans un gros poing. Il y a dix jours, Eleria aurait été paralysée par la terreur. Mais c’était il y a dix jours.

Son esprit réfléchissait à toute vitesse :

« Qui est cet idiot maladroit, de toute façon ? pensa-t-elle, et que diable veut-il faire avec une larve de bois ? Au moins, il ne m’a pas écrasée sur place. C’est encourageant, non ? Alors il doit être ici pour me sauver… ».

Elle gigota et se tortilla dans son poing jusqu’à ce qu’elle puisse voir son visage, tout au dessus d’elle, entre deux de ses doigts.

« Urgh! Un barde! Si je vais être sauvée, pourquoi cela ne peut-il pas être par un beau jeune prince ? »

Mais il lui vint à l’esprit qu’elle parlait avec ses anciennes habitudes :

« Je me demande combien de ces dandies auraient survécu à ces dix derniers jours ? » Elle riait, pensant à eux. « Pas beaucoup, je parie. Ceux qui ne se seraient pas pelotonnés et morts immédiatement, maintenant, gémiraient et pleureraient après leur mère. »

Elle regarda à nouveau Fýran. « Bon… peut-être qu’il aurait meilleure mine si je n’étais pas en train de regarder directement dans ses narines. Ouille !… Pourquoi n’est-il pas plus précautionneux avec moi ? »

Et alors apparu à Eleria que, si ce balourd était réellement en train de la sauver, il lui aurait certainement dit quelque chose. « Oh-oh » Le coeur d’Eleria s’emballa, et elle commença à se tortiller furieusement, imaginant les pires de toutes les morts possibles. « Il doit être en train de pécher ! »

Eleria ne pouvait rien faire de plus dans son état actuel… mais elle pouvait crachouiller. Et crachouiller elle fit. En quantités inimaginables pour une si petite larve. Elle crachouilla et crachouilla et crachouilla jusqu’à ce que sa petite bouche de larve soit trop sèche pour un autre crachat. Elle sentit que la main de Fýran se tortillait et pensa : « Ça marche !… »

Chapitre Quatrième

Fýran était presque écœuré. Il était déjà suffisamment dégoûtant d’avoir à toucher cette bestiole visqueuse, mais maintenant c’était une chose suintante et collante, qui devenait vraiment révoltante. Finalement, juste avant qu’il n’atteigne le chêne des rouges- gorges, il ne put plus la tenir davantage. Il s’arrêta et examina la créature dans sa main. Blanche, dodue et brillante, c’était, en vérité, une créature repoussante. Déjà, la pauvre petite chose était ostensiblement terrifiée. Elle fixait le barde avec ce qu’il imagina être de minuscules yeux de larve, suppliante. Fýran pensa à la chenille et au ver de terre, et son coeur céda. Poussant un grand soupir de résignation, il trouva une belle racine propre et plaça la larve dessus.

Et ainsi fut brisé le sort de Longarn, par cet acte de bonté inconsciente.

Personne ne pouvait être plus étonné qu’Eleria lorsqu’elle grandit de manière inattendue jusqu’à atteindre son ancienne taille, excepté peut-être Fýran qui était mort de peur. Il venait seulement de récupérer son souffle quand Eleria reprit ses esprits. Levant son index, avertissant Fýran de ne même pas dire un mot, Eleria saisit la veste du barde pour s’en couvrir, dénudée qu’elle était. Alors, avec les yeux brillants, et avec plus de dignité qu’elle ne pouvait en rassembler, elle retourna à Laeriant, laissant Fýran fixer, bouche bée, son beau visage qui s’éloignait.

Eleria savait qu’elle ne pouvait pas simplement rentrer en ville et se confronter à Longarn. Au moment où il la verrait, il n’aurait qu’à simplement lancer une autre malédiction sur elle. Alors, se déguisant en berger, elle trouva une maison abandonnée dans les landes et commença à faire ses plans. Ce qui se déroula ensuite est un autre conte méritant d’être entendu. Mais c’est un conte pour une autre soirée. En effet, c’est un conte à être raconté durant beaucoup de longues soirées, et beaucoup de bonnes chopes de cervoise.

Et les bébés rouges-gorges ? N’ayant pas d’alternative, Fýran escalada l’arbre et puisa dans son ballot son dernier morceau de mouton, bien gras. Le déchirant en petits lambeaux, il les donna à la maman rouge-gorge, reconnaissante, qui en nourrit sa famille.

Une fois revenu sur le sol, Fýran regarda d’abord vers Erynan, son ancienne destination, alors, avec un large sourire, il se mit en route à la suite de la surprenante jeune femme, pour qui il avait maintenant beaucoup de questions.

« Qui sait… rappela-t-il aux rouges-gorges, c’est peut-être le destin. Et en outre, j’ai besoin de ma veste. »

On l’entendit, tard dans la soirée, au loin sur la route, chantant :

« Oh, les damoiselles de Laeriant vont à la foire… avec des yeux couleur de jade, et des cheveux d’ambre… »

Fin du premier conte…

Lothenon *Pethdan*

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L’Art de la Guerre – Stratégies et formations de combat

La formation adoptée au combat diffère selon les circonstance, et l’on montrera, preuve à l’appui, que son choix peut se révéler crucial…

La Bataille de la Dernière Alliance :

I – Le Bouclier Palissade

Thangail en Sindarin, la langue parlée le plus couramment par le peuple d’Elendil. (de thang, bouclier, et cail, désuignant une grille hérissée, une palissade de pieux aiguisés…[forme primitive kegle, venant de keg-, "épine, barbelure", que l'on retrouve dans le mot primitif kegya, "haie piquante", d'où le Sindarin cai... rappelons les Morgai, les Pics Sombres de Mordor...]).

Sandastan en Quenya, signifiant “bouclier barrière”, dérivé des primitifs thandá “bouclier” et stama- “barrer, exclure”…

Il s’agit d’une formation resserrée en bloc, de manière à absorber les coups de l’ennemi… Nulle fuite, nulle esquive, seulement des troupes placées de telle sorte à ressembler à un rocher brisant l’écume… des troupes massées pour moins de pertes… Les piquiers sont placés tout à l’extérieur de la bande, aux côtés des “Hommes-boucliers”, ces troupes massivement protégées de mailles épaisses et de boucliers monumentaux, sortes de boucliers humains sans grande force de frappe, mais très difficile à écraser… Les archers, juste derrière les lanciers, sont ainsi protégés, et plus à même de tirer en continu, bien à l’abris derrière les boucliers… Les flèches ont un rôle important dans cette formation, puisque pendant que l’avant encaisse les coups et réduit les dégâts, l’arrière doit anéantir l’ennemi dès son approche… Dès que l’assaillant parvient à portée de flèche, la marée de traits ne doit pas s’interrompre, tant pour briser l’attaque en cours et supprimer les renforts adverses que pour balayer une éventuelle retraite de l’ennemi…

II – Le Fer de Lance

Dirnaith en Sindarin, en Quenya nernehta, “homme-fer-de-lance”, est une formation en coin, déployée sur une courte distance contre un ennemi en train de se rassembler, mais non encore en ordre de bataille, afin de semer le chaos et le désordre dans ses rangs, ou contre une formation défensive en rase campagne.
Le Quenya nehte et le Sindarin naith s’applique à n’importe quelle formation ou projection s’effilant en pointe : une pointe de flèche, une langue de terre, un coin, un promontoire étroit (de la racine nek, “étroit”); voir le Naith de Lórien, la portion de terre à l’angle du Celebrant et de l’Anduin, où la Communauté et Galadriel prirent leur ultime repas en guise d’adieu, qui au confluent même des deux rivières se fait si étroite qu’on ne peut l’indiquer sur une carte à petite échelle.

Cette formation vise à briser les rangs ennemis, à écarter, diviser les armées de petite taille, et à les détourner de leur objectif, tout en les empêchant de se rassembler et de communiquer pour s’aligner sur des ordres communs…

III – La marée tranchante

Elle se nomme Aegduinen, ou Aigdannen en Sindarin, de aeg/aig, “tranchant” et duinen/dannen “marée” [de duin, "courant", ou danna- "tomber", selon le sens de la marée], et Hócirilanwë en Quenya [de hóciri-, "trancher" et lanwë, "flux et reflux"]

Cette attaque complexe se déroule en plusieurs étapes :

*Les troupes attendent que l’ennemi s’approche assez près;
*Les archers commencent à tirer;
*Les lanciers, épéistes et piquiers s’avancent eux aussi à la rencontre de l’ennemi, de sorte que même si ce premier rang est balayé, l’ennemi mette un certain temps à rejoindre les troupes suivantes;
*Pendant que la première vague combat, les archers et le reste de la troupe s’avancent;
*De nouveaux épéistes s’élancent hors de la formation, toujours en une ligne continue… Soit pour renforcer leurs camarades de la première vague, soit, s’ils ont péri, pour stopper l’avancement ennemi;
*La seconde attaque ennemie est lancée;
*Cette seconde vague est stoppée ou ralentie;
*Au fur et à mesure, l’on voit bien que le centre du combat, la zone de rencontre des troupes amies et ennemies bouge : la zone d’affrontement se rapproche de plus en plus de l’ennemi, qui ne le remarque pas forcément tout de suite…
*À force d’avancer, les troupes amies parviennent presque à portée des ennemis;
*À ce moment précis, tous les épéistes en réserve s’élancent et balayent la vague de l’ennemi;
*Cela occupe l’ennemi, et pendant ce temps-là, les archers amis avancent eux aussi, et tirent sur l’ennemi, qui se trouve sous une double attaque : une marée immédiate, et un feu lointain…
*L’ennemi est débordé par deux feux : S’il s’avance pour contrer l’offensive des épéistes, il devient encore plus vulnérable aux flèches des “gentils” ^^… mais s’il tient position, c’est la marée qui le prendra au cou, avant même qu’il n’ait pu adopter une formation défensive…
*C’est ainsi qu’un assaillant peut se retrouver assailli, et une armée bien organisée menée d’une main de maître, se déplacer au compte-goutte et parvenir aux portes de son ennemi…

Cette formation est efficace, notamment si l’ennemi ne s’en aperçoit pas… mais elle exige rigueur et coordination, et ne peut donc être maîtrisée totalement que par des Elfes ^^…
Le chef des troupes doit avoir une vue d’ensemble de ses troupes et de l’avancement général du combat, tout en veillant à garder l’offensive lorsqu’il l’a obtenue, sinon tout est perdu…

C’est la technique adoptée lors de la Bataille de la Dernière Alliance, qui permit à l’Alliance de repousser les Orques de Sauron jusqu’aux racines de la Montagne du Destin…

On voit très bien sur cette photo comment les épéistes en première ligne sont chargés de briser la première vague, tandis que les archers en retrait ne cessent leurs tirs…

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Textes – La Flamme du Désert [II,3]

La Flamme du Désert

II, 3

Je n’aurais peut-être jamais vagabondé dans le Désert d’Ali’karr si je n’avais rencontré Gwetharn dans une petite taverne de Pellardur.

Gwetharn est un poète alikarrim dont j’avais lu les vers, mais seulement en traduction. Il a choisi d’écrire dans l’ancien langage des Alikarrim, et non en Falathren, le “Langage Commun” officiel de l’Empire. Je lui en demandai ce soir-là la raison. Désignant un des plats disposés sur sa petite table, il sourit :

« Le mot falathren pour cette variété de fromage divinement riche de moisissure, soyeuse, faite de lait de chèvre caillé et pressé est… niénityur » me répondit Gwetharn, un large sourire s’épanouissant comme une fleur sur son visage tanné. « L’ancien mot alikarrim pour cela est mluuluo. Dis moi, si tu étais un poète maîtrisant les deux langages, lequel choisirais-tu ? » Et le poète de partir d’un rire qui ne pouvait être que celui d’un homme au coeur bon et franc.

« Je suis un Ali’karran. Dans votre langue « civilisée », nous sommes les Alikarrim, ou Lithëgwaith, le Peuple du Sable. Même dans votre langue, nous restons homonymes à notre terre, l’infini Lithëgwaith, le Désert de Sable… nous sommes sa propriété, ses fils. »

Cet homme à la peau foncée m’intriguait ; sans doute réservait-il encore nombre de mystères.

Je suis un enfant de la ville. Je le lui contai donc des histoires de vacarme et de corruption, de nuits meurtrières et de gloire, de culture et de décadence. Il m’écoutait, avec une gratitude mêlée de stupéfaction, parler de ma ville natale : la Capitale impériale de Minas Ivor, toute de marbre blanc pavée, où tous les citoyens sont convaincus de leur importance, à cause de la proximité de l’Empereur, et de la splendeur des rues. Ont dit qu’un mendiant, sur les boulevards de la Cité de Cristal, vit comme un noble dans son palais.

En même temps que de bière, je régalais Gwetharn des descriptions du marché animé de Círbann Tiras ; de la ville sombre et agitée de Mâr Lîth ; des demeures richement ornées de Dol Amroth ; des magnifiques – et dangereuses – allées de Kun Anyam ; des avenues droites de la grande, vieille Eregond.

Devant tout ceci, il s’émerveillait, me questionnait, et commentait.

« Il me semble que je connais votre patrie, le Désert d’Ali’karr, grâce a vos poèmes, même si je n’y suis jamais allé, lui dis-je.

- Oh, mais tu as tort. Aucun poème ne peut exprimer l’Ali’karr. Ils te prépareront cependant bien mieux à une visite que n’importe quel guide ne le pourra. Mais si tu veux connaître Elenardh et être un vrai habitant de cette planète, tu dois aller et ressentir le désert par toi-même. »

Il me fallut plus d’une année pour rompre tous mes engagements, économiser de l’argent (la plus dure de ces épreuves), et quitter la vie urbaine pour le Désert d’Ali’karr. J’emportai avec moi plusieurs recueils des poèmes de Gwetharn en guise de guide de voyage.

« Une flamme sacrée s’élève au dessus du brasier ;

Les spectres de puissants hommes et femmes errent sans nom.

Des cités mortes s’érigent et choient dans la marée ;

La chanson incomprise de la Révélation est récitée

Entre les murs embrasés et rochers éternels,

Sous les sables ardents qui guérissent et détruisent. »

Ces six premiers vers de « L’Immortalité de la Poussière » m’avaient préparé à la première vision que j’eus du Désert d’Ali’karr, bien qu’ils lui rendent difficilement justice. Mon humble plume ne peut reproduire l’austérité, l’immensité, le caractère à la fois éphémère et rémanent de l’Ali’karr.

Toutes les frontières et les bornes que les nations ont placées sur cette terre se dissolvent sous les sables mouvants du désert. À aucun moment je ne savais si j’étais en Bellakar, en Lurmsakûn ou en Arysis, et peu d’habitants auraient pu me le dire. Pour eux, tout comme plus tard pour moi, nous étions simplement en Ali’karr. Non. Nous faisions partie de l’Ali’karr. C’est plus proche de la philosophie des gens du désert.

Je vis la flamme sacrée dont parlait Gwetharn dès ma première matinée dans le désert : une vaste brume rougeâtre qui semblait provenir des plus profonds mystères d’Elenardh. Bien avant que le soleil soit au zénith, la brume avait disparu. Puis je vis les cités de Gwetharn. Les ruines de l’Ali’karr surgissent du sable sous l’effet d’une bourrasque de vent et sont recouvertes par la suivante. Rien ne dure dans le désert, mais rien ne disparaît pour toujours.

Pendant la journée, je me cachais à l’abri des tentes bariolées, et pensais au trait de caractère des Alikarrim qui les avait fait adopter cette terre, sauvage et éternelle. Ce sont des guerriers par nature. En groupe, personne ne les égale. Rien pour eux n’a de prix s’ils n’ont dû se battre désespérément pour l’obtenir. Personne ne les a jamais défiés pour la possession du désert, mais l’Ali’karr lui-même est un ennemi redoutable. La bataille est permanente. C’est une guerre sans rancune, une guerre sainte, dans le sens que ce mot devrait toujours avoir.

La nuit, je pouvais contempler la terre dans sa relative sérénité. Mais ce calme était superficiel. Les pierres elles-mêmes brûlent avec une chaleur et une lueur qui ne proviennent pas de la Soleil, pas plus que des Lunes Ithil et Elassia. Le pouvoir des pierres vient des battements du coeur d’Elenardh lui-même. J’ai compris que ce pouvoir qui pénètre l’âme est ce que les Alikarrim nomment « la Flamme du Désert », à la fois feu et pierre, vie et destruction, solitude et profondeur.

Je passai deux ans en Ali’karr.

Alors que j’écris ceci, je suis de retour à Pellardur. Nous sommes en guerre avec le royaume de Bellakar pour la possession d’un rocher couvert d’herbe qui appartient aux eaux de la Mer Crépusculaire, du nom de Tol Uialgaer. Tous mes amis poètes, écrivains, et artistes sont découragés par l’avidité et l’orgueil qui ont poussé tous ces hommes dans la bataille. C’est une période difficile, une tragédie. Dans les mots de l’ancien Ali’karran, un ajakea, une « spirale descendante ».

Et pourtant, je ne ressens pas de tristesse. Durant tous les mois passés face à la gloire de l’Ali’karr, j’ai vu les pierres éternelles qui perdurent alors que les hommes meurent. J’ai trouvé ma voie intérieure dans ce territoire intraitable, mystérieux, figé et mouvant à la fois. L’inspiration et l’espoir, comme les pierres du désert, sont éternels ; mais les hommes ne le sont pas.

Lothenon *Pethdan*

Protégé : Textes – La Légende du Prince des Voleurs [II,3]

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Mélodie pethdanienne

Voilà, j’ai encore un peu travaillé cette fameuse mélodie à la flûte, et voici ce que ça donne :

… normal, sans rien, juste la flûte hongroise

[oui, en plein milieu j'ai plus d'air, et alors? ^^]

… avec l’écho

… et remaniée, équilibrée, un peu ralentie

Du nouveau !!

Eh oui, après quinze jours de bac blanc dont je me remets à peine ^^, je reviens en ma demeure de Faërie…

Et j’ai quelques petites nouvelles pour vous : quelques petits projets, qui se verront réalisés au fur et à mesure que le temps s’offrira à moi, lorsqu’il aura cessé de se dérober.

Tout d’abord, j’ai bien avancé dans mon projet de carte du monde d’Elenardh !! =)

En voici un extrait, de ce fameux début de carte…

… j’ai longuement planché sur les travaux de Gabriele Quaglia et Eric Dubourg… mais j’ai surtout lu et relu les Letters de Tolkien… et j’y ai relevé chaque mention se référant aux Terres du Milieu, afin de mieux modeler mon propre monde d’Elenardh… qui je vous le rappelle est un récit qui englobe plus de choses que ce que Tolkien n’a pu écrire… en reprenant et revisitant nombre des symboles glissés par le maître à travers ses oeuvres, comme : l’immortalité des Elfes est-elle réellement enviable ? La liberté des Humains à forger le monde, à s’évader de celui-ci après la mort, n’est-elle pas plus grande ?

Voici donc un bout de cette carte… prochainement je mettrai ici ne carte plus avancée avec les noms des royaumes et terres sauvages, etc… ;)

J’ai tout de même passé trois semaines devant mon PC, avec Painter et MPSER pour forger cette carte dont je suis plutôt satisfait… malgré quelques bugs ! [cliquez pour aggrandir !]

Ma Carte d'Elenardh

 

 

 

Ensuite, vous aurez peut-être bientôt l’occasion d’entendre quelques-une de mes histoires au format .mp3, notamment Crépuscule sur la Baie

J’ai déjà traduit une bonne partie de l’histoire en Sindarin, mais il me manque des voix, surtout féminines, pour réaliser ce projet ;)

Et je me suis d’ores et déjà éclaté à enregistrer et remanier deux ou trois trucs :

Le chant de ce qui sera le futur djingle de début d’histoire, lorsque je dirai le titre et tout, inspiré de Dungeon Siege ;)

• Une ambiance de taverne, que j’ai eu beaucoup de plaisir à faire XD… il m’a suffit de dire blablablablabla devant mon micro, avec différentes voix, différentes vitesse, et dire vraiment n’importe quoi, de mixer le tout avec un crépitement de feu, pour obtenir ça.

• Et enfin, une mélodie à la flûte [que j'ai jouée avec ma vieille flûte hongroise ^^], pour laquelle j’ai repris une partition du groupe Hydromel

…normal (accéléré, parce que sinon c’était une musique un peu trop molle)

…et avec de l’écho [très amplifié, car je voulais donner une ambiance irréelle, stellaire à cette musique... effet raté ^^]

Protégé : Infographie – Sky Pirate “Ellóna” 2

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Protégé : Infographie – Sky Pirate “Ellóna”

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Textes – Le Petit Jeu du Dîner [II,3]

Et voici une autre petite histoire que je viens de finir, pour bien commencer ce mois de novembre… et les vacances ! :D

C’est un peu inédit, car il s’agit d’une lettre, pour une fois… une autre façon de décrire. Je me suis bien amusé :mrgreen:

***

Le petit jeu du dîner

II, 3

Par un espion anonyme

***

***

Avant-propos de l’éditeur :

L’histoire de cette lettre est presque aussi intéressante et sinistre que le récit qu’elle rapporte. La lettre originale adressée au mystérieux Dollor fut retranscrite il y a quelques mois et se mit à circuler entre toutes les mains, d’un bout à l’autre des Airdh Lithui. Avec le temps, une copie parvint sur les terres et au palais du prince Traston des Dûredhil hors de Mar Lîth. Bien que les lecteurs puissent supposer, après avoir lu cette lettre, que le prince serait furieux, car elle critique son Altesse avec une grande malignité, ce fut l’inverse qui se produisit. Le prince et sa mère, la reine Moetara, en firent des copies reliées et les envoyèrent à toutes les bibliothèques et les librairies dans les contrées cendrées du Nord-Est.

Le prince et la reine n’ont pas officiellement déclaré si la lettre était une pure fiction ou si elle était basée sur des faits réels. La Maison Gwathran a publiquement dénoncé cet ouvrage et déclaré qu’aucune personne du nom de Dollor, malgré ce que sous-entend la lettre, n’a de lien avec la Maison. Nous laissons au lecteur la liberté de se faire sa propre opinion.

- Dorn Glíron, éditeur.

***

Sombre seigneur Dollor,

Vous avez réclamé une description détaillée de mon expérience la nuit dernière et des raisons qui m’ont poussé à demander à la Maison Gwathran une autre affectation. J’espère vous avoir bien servi en tant qu’informateur à la cour du prince Traston – un homme, comme je l’ai indiqué dans mes précédents rapports, qui serait capable d’apprendre au dieu Furad lui-même comment comploter. Comme vous le savez, j’ai passé presque une année à me faire une place au sein de son cercle de conseillers. Il avait besoin d’amis quand il est arrivé pour la première fois en Ardh Lithui et il s’est rapidement entouré d’un groupe composé de moi-même et de quelques autres. Cependant, il ne faisait confiance à aucun de nous, ce qui n’est pas surprenant étant donné sa position précaire dans la société des Elfes Noirs Dûredhil.

Je me permets de vous rappeler que le prince est le fils aîné de Moetara qui était autrefois reine de cette contrée des Airdh Lithui ainsi que du royaume voisin de Lorn Helegnen, l’Anse Gelée. A la mort de son mari, le beau-père du prince Traston, le roi Aerluth, il y eut une lutte de pouvoir entre le prince et la fille d’Aerluth, la princesse Edlothia. Bien qu’on ne connaisse pas tous les détails de l’affaire, il est clair que ce fut Edlothia qui l’emporta et devint reine. Elle bannit Traston et Moetara. L’autre enfant de cette dernière, Morgîl, avait déjà quitté la cour et devint reine du petit royaume de Míngae, la plus grande des îles de l’archipel de Tyll Erebniss.

Moetara et Traston ont traversé le continent et ne sont revenus en Ardh Lithui que l’année dernière. Ils furent bien reçus par l’oncle de Moetara, notre roi actuel, Arthûl Boron, qui avait hérité du trône après l’abdication de Moetara, quarante ans plus tôt. Moetara souligna le fait qu’elle ne souhaitait pas reprendre le trône mais qu’elle désirait juste se retirer sur son domaine familial. Traston, comme vous le savez, est demeuré à la cour et nombreux sont ceux qui ont prétendu que même s’il avait perdu le trône de Lorn Helegnen, il ne comptait pas perdre celui des Terres Cendrées à la mort du vieil Arthûl.

J’ai informé Votre Sombre Altesse des déplacements du prince, de ses réunions et de ses complots, ainsi que les noms et les penchants de ses autres conseillers. Comme vous devez vous en souvenir, j’ai souvent pensé que je n’étais pas le seul espion à la cour du prince Traston. J’ai parlé à Firieth Maesarn d’un certain conseiller Dûredhel qui ressemblait à un collègue que j’avais aperçu en compagnie de Tegilon Saedh, l’archiprêtre du Temple des Trois. Une autre, une jeune Nordique, a maintes fois visité la forteresse impériale de Gobel Morgond. Bien entendu, cela pouvait faire partie des propres plans de Traston, mais je ne puis en être sûr. Je commençais à me croire aussi paranoïaque que le prince quand je me mis à douter de la loyauté du chambellan du prince, Ceredir, un Númenoréen qui était à son service depuis l’époque où il résidait au royaume de l’Anse Gelée.

Voilà pour ce qui s’est passé avant cette nuit, la nuit dernière.

Hier matin, j’ai reçu une brusque invitation à dîner avec le prince. Me méfiant, j’ai alors envoyé un de mes valets, un fidèle serviteur de la Maison Gwathran, pour espionner le palais et me rapporter tout ce qui pourrait paraître suspect. Juste avant le dîner, il revint et me raconta ce qu’il avait vu.

Un homme encapuchonné et vêtu de haillons avait été admis au palais et il y était resté un certain temps. Quand il en repartit, mon serviteur réussit à apercevoir son visage sous le manteau : c’était un alchimiste de sinistre réputation connu pour être un des principaux fournisseurs de poison de la Guilde du Gant Noir. Fin observateur, mon serviteur remarqua que, lorsqu’il était entré au palais, l’alchimiste traînait derrière lui une odeur de môr-porisalch, le blé noir des Terres Cendrées, de baul-loth, la fleur des tourments, et de quelque chose de sucré, comme du miel. Quand il repartit, il n’y avait plus d’odeur.

Il en avait déduit la même chose que moi. Le prince avait demandé des ingrédients pour préparer un poison. La fleur de tourments est déjà mortelle à elle seule quand elle est ingérée ; mais les autres ingrédients suggéraient quelque chose de plus subtil. Comme Votre Seigneurie peut s’en douter, je me suis rendu au dîner ce soir-là, prêt à toute éventualité.

Tous les autres conseillers du prince Traston étaient présents et je remarquai que tous semblaient nerveux. Bien naturellement, je pensais être en plein dans un nid d’espions et tous semblaient au courant du rendez-vous mystérieux du prince. Il était probable que certains d’entre eux étaient au courant de la visite de l’alchimiste tandis que les autres s’inquiétaient juste de la nature de la convocation du prince. D’autres encore réagissaient inconsciemment à la nervosité de leurs camarades mieux informés qu’eux.

Le prince, cependant, était dans de bonnes dispositions et il détendit l’atmosphère. A neuf heures, nous nous rendîmes tous dans la salle à manger où le festin avait été préparé. Et quel festin ! Des grappes de raisin au miel, des civets, de la viande rôtie accompagnée de différentes sauces et toutes sortes de poissons et d’oiseaux préparés avec art. À nos places étaient disposés des flacons en cristal et en or contenant du vin des terres méridionales, du cidre, du cognac nordique et de la liqueur au goût mystérieux à déguster en fonction des plats. Aussi attrayants que pouvaient être tous ces effluves, je ne pus m’empêcher de penser qu’on pouvait dissimuler facilement un poison dans une telle débauche d’épices et de saveurs.

Pendant tout le repas, je fis semblant de manger et de boire mais je me montrai prudent et n’avalai rien. Finalement, on débarrassa les plats et un bouillon de viandes épicées fut placé au centre de la table. Le serviteur qui l’avait apporté se retira et ferma la porte derrière lui.

« Cela sent délicieusement bon, mon prince, dit Kölinä, la Nordique. Mais je ne peux plus rien avaler.

- Votre Altesse, ajoutai-je, sur un ton faussement amical et de légère ivresse. Vous savez que tout le monde à cette table mourrait sans hésitation pour vous permettre de vous asseoir sur le trône des Terres Cendrées, mais est-il vraiment nécessaire de nous empiffrer jusqu’à ce que mort s’ensuive ? »

Les autres à table acquiescèrent en marmonnant. Le prince Traston se mit à sourire. Je vous jure, mon sombre seigneur, par Curunyar le Pourvoyeur, saint des marchands, que même vous n’avez jamais vu un tel sourire.

« Des paroles facétieuses. Voyez-vous, j’ai eu la visite d’un alchimiste aujourd’hui, comme certains d’entre vous le savent sûrement. Il m’a montré comment fabriquer un merveilleux poison et son antidote. Une puissante potion, excellente pour ce que j’en veux faire. Aucun sortilège de soin ne peut vous sauver une fois que vous l’avez ingéré. Seul l’antidote contenu dans le bouillon peut vous sauver d’une mort certaine. Et quelle mort, d’après ce que j’ai entendu dire ! Je suis impatient de voir si ses effets sont semblables à ce que m’a décrit l’alchimiste. Cela devrait être horriblement douloureux pour ceux qui en sont les victimes, mais assez distrayant. »

Personne ne dit mot. Je pouvais sentir mon coeur battre dans ma poitrine.

« Votre Altesse, dit Lendor, le Dûredhel que je suspectais d’être lié au Temple, avez-vous empoisonné quelqu’un à cette table ?

- Vous êtes très astucieux, Lendor, répondit le prince Traston, en jetant un regard à chacun de ses convives. Ce n’est pas étonnant que j’apprécie autant vos conseils. D’ailleurs, j’apprécie tous ceux qui se trouvent ici. Il serait peut-être plus facile pour moi de dire qui je n’ai pas empoisonné. Le prince, à ce moment, fit une pause pour nous observer, et sembla se délecter de cet instant. Je n’ai pas empoisonné ceux qui ne servent qu’un seul maître, ceux qui me sont sincèrement fidèles. Je n’ai pas empoisonné ceux qui veulent que moi, le roi Traston des Dûredhil, accède au trône des Airdh Lithui. Je n’ai pas empoisonné ceux qui ne sont pas des espions de l’Empire, du Temple des Trois, des tribus Edlinn, de la Maison Lûtharia, de la Maison Autënnór, de la Maison Nargûr ou de la Maison Gwathran. »

Votre Noire Seigneurie… Il m’a regardé droit dans les yeux en prononçant ces derniers mots. J’en suis persuadé. Je suis entraîné à ne pas laisser les expressions de mon visage me trahir, mais je me suis immédiatement mis à penser à toutes les rencontres secrètes que j’avais eues, à tous les messages codés que je vous avais envoyés à vous et à la Maison. Que pouvait-il savoir ? Que pouvait-il soupçonner, même sans certitude aucune ?

Mon coeur se mit à battre encore plus fort. Était-ce ma peur ou le poison ? Je ne pouvais pas dire un mot, certain que ma voix trahirait mon apparence sereine.

« Ceux qui me sont fidèles, qui souhaitent la mort de mes ennemis, peuvent se demander comment je puis être certain que le poison a bien été avalé. Est-il possible que les coupables ou, oserai-je dire, ceux qui se sont montrés méfiants n’aient fait que semblant de manger et de boire ? Bien entendu. Mais même le plus habile des acteurs doit porter un verre à ses lèvres ou faire semblant de manger avec des couverts vides. La nourriture n’était pas empoisonnée. Les verres et les couverts, eux, l’étaient. Si vous n’avez rien mangé par crainte, vous êtes tout de même empoisonnés et, en plus, vous avez raté d’excellents plats. »

La sueur commençait à perler sur mon visage et je me détournai du prince pour qu’il ne s’en rende pas compte. Tous mes collègues conseillers étaient figés dans leur fauteuil. Depuis Kölinä, blanche de terreur, plus blanche encore que puis l’être une Nordique, à Meren, le propre cousin du prince, visiblement secoué, en passant par Lendor au front plissé et à Ceredir au regard froid comme une statue.

Je ne pouvais m’empêcher de réfléchir. Est-ce que tout le conseil du prince était composé d’espions ? N’y avait-il personne de loyal à cette table ? Puis je me mis à penser, et si je n’étais pas moi-même un espion, est-ce que je ferais confiance à Traston pour s’en apercevoir ? Nuls mieux que ses conseillers ne connaissaient la paranoïa et l’ambition du prince. Si je n’avais pas été un espion de la Maison Gwathran, aurais-je été en sécurité pour autant ? Un individu loyal pouvait-il avoir été empoisonné à cause d’une erreur de jugement ?

Les autres devaient penser la même chose, qu’ils aient été loyaux ou pas.

Tandis que je réfléchissais, je pouvais entendre la voix du prince qui s’adressait à l’assemblée :

« Le poison agit rapidement. Si l’antidote n’est pas pris dans moins d’une minute, il y aura des morts à cette table. »

Je n’arrivais pas à déterminer si j’avais été empoisonné ou non. Mon estomac me faisait souffrir, mais je me persuadais que cela pouvait être dû au fait de participer à un somptueux banquet sans rien avaler. Mon coeur cognait dans ma poitrine et j’eus l’impression que mes lèvres avaient goût de racine de pilinehtar. Encore une fois, était-ce le poison ou la peur ?

« Ce sont les dernières paroles que vous entendrez si vous avez été déloyaux envers moi, dit le prince Traston avec ce maudit sourire, en observant ses conseillers s’agiter sur leur fauteuil. Prenez l’antidote et vous vivrez. »

Pouvais-je le croire ? Je me remémorais ce que je savais du prince et de son caractère. Exécuterait-il un espion qui se dévoilerait devant sa cour ? Ou le renverrait-il à ses maîtres ? Le prince était sans pitié, mais les deux possibilités étaient envisageables. Tout ce dîner avait été orchestré pour me faire peur. Que diraient mes ancêtres si je les rejoignais après m’être assis à une table et être mort empoisonné ? Que diraient-ils si je prenais l’antidote, que je confessais mon allégeance envers vous et la Maison Gwathran et que j’étais sommairement exécuté ? Et, je dois l’avouer, je pensais à ce que vous, vous pourriez me faire après ma mort.

J’étais tellement égaré dans mes pensées que je ne vis même pas Ceredir sauter de son siège. Je ne m’en rendis compte que lorsque je le vis prendre le récipient et avaler le liquide qui s’y trouvait. Il y avait des gardes tout autour mais je ne me souvenais pas les avoir vu entrer.

« Ceredir, dit le prince Traston toujours en souriant. Vous avez passé quelque temps à la Forteresse des Étoiles. Maison Lûtharia ?

- Vous ne le saviez pas ? éclata d’un rire amer Ceredir. Je ne travaille pas pour une Maison mais pour votre belle-soeur, la reine de l’Anse Gelée. Je l’ai toujours servie. Par Cuilagurth, dieu de la Mort-Vie, vous m’avez empoisonné parce que vous pensiez que je travaillais pour quelques maudits Elfes Noirs ?

- Vous n’avez qu’à moitié raison, répondit le prince. Je ne savais pas pour qui vous travailliez et je ne savais même pas si vous étiez un espion. Mais là où vous avez tort, c’est en supposant que je vous ai empoisonné. Vous l’avez fait vous-même en buvant dans la soupière. »

Mon noir Seigneur, il est inutile que je vous décrive comment est mort Ceredir. Je sais que vous avez vu beaucoup de choses au cours de votre très longue existence mais je vous jure que vous n’aimeriez pas savoir. Je voudrais pouvoir effacer de ma mémoire le souvenir de son agonie.

Le conseil fut dissous peu de temps après. J’ignore si le prince Traston sait ou me soupçonne d’être un espion. J’ignore combien d’autres cette nuit-là, la nuit dernière, étaient sur le point de boire à la soupière avant que Ceredir le Númenoréen ne le fasse. Je sais simplement que si le prince ne me soupçonne pas encore, cela viendra. Je ne peux le battre à ce jeu qu’il a appris à maîtriser, il y a longtemps, à la cour de Lorn Helegnen, et je supplie Votre sombre Altesse, noir Seigneur Dollor, de peser sur la Maison Gwathran afin de me libérer de cette charge.

***

Post-face de l’éditeur :

Bien entendu, la signature de cet espion anonyme n’apparaît sur aucune copie de la lettre.

- Dorn Glíron, éditeur.

Lothenon *Pethdan*

Protégé : Textes – La Rébellion des Pirates Dépossédés [II,3]

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Textes – Au plus profond de la Forêt des Songes [II,3]

Voilà un texte qui, en plus de compléter les bribes d’histoires déjà présentes ici, dépeint mes pensées des derniers temps, avec la venue de l’automne… mélancolie et fantastique se mêlent en cette saison brumeuse…

Au plus profond de la Forêt des Songes

***

II, 3

 

 

 

Chapitre 1

 

C’était l’été. Ou du moins, les derniers échos de cette belle saison faite de fruits et de soleil. La saison de « Laer » vivait peut-être ses derniers jours, mais la Soleil inondait encore généreusement les landes. Il était encore temps de se raconter des histoires au coin du feu, la nuit tombée, ou de fumer une pipe, couché dans l’herbe, observant le rougeoiement de la Soleil en guettant le crépuscule. Fanórdil aimait cette fin de saison, ces jours fugaces où l’on erre entre deux époques, ces derniers remous de douceur avant la fin de l’été. L’été. Laer. Cette saison homonyme aux mélodies des troubadours. Laer : été, chanson… quelle différence ?

*

********

Errer au creux des bois isolés, voilà ce à quoi aspirait Fanórdil, à peine évadé des longues heures d’étude. Bien sûr, les paroles d’Idhren le passionnaient, elles le faisait voyager à travers les contrées d’antan et lui dévoilaient sans cesse de nouveaux horizons. Il en savait plus désormais qu’il n’en aurait jamais pu apprendre, mais cela ne satisfaisait pas son appétit. Car il avait soif d’autre chose… Le vent battant son visage, l’humus emplissant l’air de son parfum, les étoiles et les deux Lunes mêlées dans le ciel nocturne, veillant sur son sommeil après une longue marche.

Le jeune homme ne tenait plus en place. Dévalant les marches de la Citadelle, il rejoignit les Écuries. Un hennissement. Nansúrë avait reconnu son maître. Fanórdil entre et se retrouve face-à-face avec le compagnon de toutes ses errances. « Voici “Vent des Plaines“. Je vous le confie », avait dit la Reine au moment de lui offrir le cheval « Je lis dans ses yeux la même flamme que dans votre cœur. Ainsi vous guidera-t-il maintes fois, fils du Crépuscule. » Nansúrë vint respirer la main du jeune Exilé. Une lueur brille dans ses yeux noirs. Il est impatient, il s’agite, il ne tient plus en place. Comme son maître, il y a trop de jours qu’il n’a pas sillonné les landes herbeuses et les sentiers escarpés. Maintenant était venu le temps d’une dernière chevauchée à travers bois… avant l’automne.

Fanórdil saute en selle, et pendant des heures il s’élance parmi les étendues sylvestres entre la Cité et les Montagnes de Brume. Le parfum de l’herbe et des dernières fleurs le fait presque défaillir. La berge de l’étang où il aime à se reposer est couverte de pétales de Ninglor, l’Or d’Eau. Au loin chante un coucou, comme dans la mémoire du passé.

*

********

 

 

Chapitre 2

Quarante et trois jours s’écoulèrent.

C’était l’automne. Le Second Automne, comme le nommaient ses nouveaux frères en ce nouveau monde. Ce n’était plus la saison encore douce des cueillettes tardives, celle que les Elfes appelaient « Iavas », la « Fruitaison »… Non, maintenant la Soleil déclinait et laissait place à la froideur et au brouillard enveloppant. L’année était irrémédiablement entrée dans « Lasbelin », la « Flétrissure des Feuilles »… les feuilles perdraient leur vie, leur couleur, le ciel se voilerait, les oiseaux prendraient la route du Sud… et lui, il resterait. Pas si étonnant, au fond, qu’il aie choisi la Cité du Crépuscule, la splendide et mélancolique Andórêl comme nouvelle demeure.

*

********

Chaque jour pour s’évader encore et encore de ses sombres pensées, Fanórdil partait explorer les tréfonds de sa nouvelle contrée. Il finit par revenir à son étang, où il espérait trouver le repos. Mais l’eau était devenue trouble, et sur la rive boueuse ne subsistaient plus que quelques roseaux d’une griseur affligeante. Pourchassé par ses chimères, il reprit sa route. Il voulait aller toujours plus vite, toujours plus loin. Loin, loin des troubles qui l’affectaient.

*

********

Fanórdil avait pris l’habitude de mettre en selle Nansúrë dès les premières lueurs de l’aube, ce que les habitants appelaient « Minuial », la première aube. Il s’en allait de sa métairie, fuir furtivement. Furtivement, mais sans déjouer l’attention de son écuyer Ohtar, qui à force avait appris à prévoir les fantaisies de Fanórdil. Ainsi, bienveillant tout en étant affecté de l’état de son maître, il se mit à préparer chaque matin les affaires de son maître et ami.

Celui-ci, sitôt parti, se laissait bercer par le galop de Nansúrë qui dévalait les pentes de la Colline de la Cité, à travers l’aube et les futaies embrumées. Le cheval le menait à travers les étendues de la Plaine Miroitante où scintillaient les ruisseaux sous les premiers rayons du jour. Puis Fanórdil, guidé par l’instinct de son compagnon, franchissait les limites interdites et l’orée de bois inconnus, où, sur son passage, se levaient des nuées d’oiseaux gris. Chaque soir il rentrait, mélancolique, mais cependant un peu apaisé. Du moins jusqu’à ce que les cauchemars apportés par la nuit l’accablent de leurs tourments.

Mais une pâle après-midi, comme saisi d’une fièvre étrange, il s’enfonça plus loin encore dans la forêt, gagnant une région de bocages qu’il ne se souvenait pas d’avoir jamais traversée. Le jour semblait ne jamais s’y être levé, il y faisait aussi sombre et humide que dans une grotte. Du sol émanait une odeur d’humus mêlée à celle, plus doucereuse, de champignons jaunâtres, couleur de pus, que Fanórdil savait mortels. Nul souffle de vent, nul chant d’oiseau. En ce lieu, la forêt était comme pétrifiée.

Le jeune homme ralentit le pas de son cheval, qui, inquiet, s’était mis à trembler et à agiter sa crinière couleur de bronze. Il lui flatta l’encolure et lui murmura à l’oreille des paroles apaisantes, des mots de sérénité que lui avaient appris Idhren. Ses cours n’étaient donc pas dénués de sens. Mais, étrangement, il n’osait élever la voix dans cette cathédrale de troncs et de branches grisâtres, où parfois tombait avec lenteur une feuille fripée et jaunie, égarée d’un automne jamais achevé, d’un printemps jamais commencé. Peu à peu il sentit la peur le gagner, l’effroi le submerger en cet endroit où la vie n’avait pas sa place. Çà et là gisaient de grands rocs noirâtres qu’il lui fallait contourner, et de vieilles souches envahies de moisissure, d’où montait cette odeur âcre et oppressante. Une épaisse mousse étouffait le bruit des sabots, mais ce n’était pas la tendre verdeur couvrant les abords des cascades ; plutôt un tapis noirâtre et imprégné de la même fade humidité qui baignait l’air de ces bois.

C’est donc dans le silence le plus total que Fanórdil avançait désormais. Un silence pesant, comme dans un rêve dont il devinait qu’aisément il aurait pu se transformer en cauchemar.

Un moment, il songea à rebrousser chemin, mais il était prisonnier d’un charme auquel il ne pouvait ni ne voulait résister. C’était comme un appel muet, une fascination, qu’il avait déjà ressentie dans ses courses à travers bois, mais jamais avec une telle force, ni avec cette appréhension insidieuse. Il continua donc d’avancer, bercé par le pas régulier de sa monture, et il tomba dans une rêverie où s’entremêlaient souvenirs du passé, les livres poussiéreux de ses heures noires, les veillées nocturnes dans la bibliothèque, tandis que lui parvenaient, la nuit venue, les soupirs et la voix de la forêt.

[...]

 

INACHEVÉ

 

 

Lothenon *Pethdan*

Textes – L’Art de la Guerre [II,3]

Voici un texte inachevé de mon livre… c’est un parchemin destiné à être lu par les apprentis officiers de la Légion.

Cela aidera les lecteurs à comprendre la difficile notion des différentes Maisons : Jour, Nuit, Aube et Crépuscule… leurs différentes idéologies, et visions du monde.

Il s’agit donc d’un texte très important !

II, 4

 

 

L’Art de la Guerre

 

 

 

Par Arthalion Annúmacil,

 

 

 

 

Grand Maître des Lames de l’Ouest,

commenté par les Maîtres du Savoir

 

 

à l’Université de Cristal

 

-

 

 

Introduction :

 

 

Les Dix Préceptes de la Bataille

*

*

********

*

 

Maître Annúmacil a dit :

« Les meilleures techniques

ne sont maîtrisées

que par ceux qui survivent. »

*

 

 

 

 

Selon la demande de l’Empereur et dans un souci d’équité, chaque représentant d’une des Chambres du Conseil aura le libre droit de commenter les préceptes de Maître Annúmacil selon les idées qui lui sont propres.

Mithallë Ethuilen, Porte-parole de l’Empereur, en ce vingt-troisième jour de Gwaeron.

*

********

*

 

******Représentants du Crépuscule :

******Laeg Bachor

******&

******Sirth Menelros

 

******Représentante du Jour :

******Elloth arth’Othronn

********* ************

******Représentant de la Nuit :

******Asgar Fuinnûr « Bregolanor »

 

******Représentants de l’Aube :

******Laeb Mírigond

******&

******Falf Glossen

 

***

Ainsi que Sîdh Mardur, Diplomate du Conseil.

*

********

*

 

1

Il faut préparer votre offensive au moment où l’ennemi est le plus vulnérable.

Sirth Menelros : Connaître ce que le mage ou le général ennemi a en tête est très important. Dès que vous possèderez ceci, vous connaîtrez sa faiblesse, et la manière de le déjouer.

Laeg Bachor : Maître Annúmacil a conseillé l’Empereur Ar-Silivagol Nelui avant la bataille des Sept Rivières et lui a dit de ne pas engager ses troupes de réserves jusqu’à ce que l’ennemi soit victorieux. Ar-Silivagol répondit : “Mais si l’ennemi est déjà victorieux, pourquoi utiliser mes réserves ?” Maître Annúmacil répliqua : “L’ennemi sera vulnérable uniquement quand il croira avoir gagné.” Ar-Silivagol parvint à vaincre une armée deux fois plus nombreuse que la sienne.

Elloth arth’Othronn : Cependant, la bataille des Sept Rivières fut gagnée à grand prix, et l’Empire vacilla longtemps après. L’ultime sacrifice de soldats pour occuper l’ennemi sur un front doit être le dernier recours.

2

La vulnérabilité d’un ennemi peut être son point fort et votre faiblesse peut vous permettre d’infliger le coup décisif.

/

3

Quand on prépare une campagne, il est primordial de prendre aussi bien en considération le côté magique du conflit que le côté armé. Un général de talent veillera toujours que ces deux éléments sont bien équilibrés.

Sîdh Mardur : Un poids que l’on porte d’une main paraît plus lourd que si on le porte avec les deux mains.

Laeb Mírigond : Sur le champ de bataille, seuls des mages peuvent rivaliser avec des mages ; un chef de guerre avisé disposera habilement ses troupes magiques selon la force de l’ennemi.

Sirth Menelros : Une guerre entre deux nations magiques ne prendra pas la même tournure qu’entre deux terres de guerriers, ou entre des mages et des guerriers.

4

Quand l’équilibre entre magie et épée est fait, l’armée bouge sans effort, comme une porte bien huilée. Quand ces deux-ci sont déséquilibrés, l’armée sera semblable à un chien à trois pattes, avec une patte traînant dans la poussière.

Sîdh Mardur : La pluralité d’une armée saura la sortir de toutes les mauvaises passes, chaque classe usant de sa spécificité tour à tour.

5

Ainsi, quand l’armée bien dirigée frappe, son attaque sera semblable à un coup de tonnerre dans un ciel sans nuage. Les meilleures victoires sont celles que l’ennemi ne peut prévoir mais qui semblent évidentes après.

Falf Glossen : L’effet de surprise agit à tous les étages, et aussi ancestrale soit-elle, cette technique ne se fane pas. La subtilité d’une attaque à plusieurs degrés que l’ennemi ne saura déceler peut renverser le destin.

6

Le vrai Général doit s’assurer qu’il a toutes les chances de vaincre l’ennemi avant même que les hommes soient lancés dans l’arène. Il devra éviter les combats à l’issue incertaine, quitte à se priver d’une gloire potentielle mais hasardeuse : les aléas du destin non maîtrisé peuvent balayer les plus grandes sorcelleries, et le courage peut anéantir les plans les plus audacieux. Le Chef de Guerre doit vaincre par avance.

Elloth arth’Othronn : Si l’ennemi sait qu’il est vaincu avant le début de la bataille, il est probable que vous n’ayez pas à combattre, ni à tuer.

Laeg Bachor : Cela fait échos au problème du moral : ôter toute volonté à un ennemi plus nombreux peut au final le rendre impuissant. Persuader vos troupes que la victoire est certaine les fera se battre avec furie et efficacité.

7

La victoire au cours d’une bataille est la plus petite des victoires. La victoire sans combat est le summum du talent.

Elloth arth’Othronn : Préserver des vies dévoilera votre bonté aussi bien à vos troupes, qu’aux vaincus reconnaissants et à l’Unique.

Falf Glossen : Viser directement le cœur de l’ennemi tout en distrayant son attention permet au Général de réduire à néant la force de l’ennemi sans pour autant massacrer : Priver l’ennemi de ses dirigeants, c’est en faire un ennemi désorganisé, désuni et vulnérable.

Elloth arth’Othronn : Rallier vos adversaire à votre cause grossit vos rangs.

Laeg Bachor : Semer le doute, la discorde ou la trahison au cœur des légions ennemies l’affaiblira d’autant. Comme disent les Periain, « diviser pour mieux régner ».

Asgar Fuinnûr « Bregolanor » : À quoi bon épargner les meurtriers et les traîtres, quand on peut les éradiquer définitivement ? Laisser une chance, c’est laisser un risque d’échec. L’échec est amer. Mettre toutes les chances de son côté ne laisse pas de place au doute et aux probabilités.

Elloth arth’Othronn : Épargner des vies, c’est allonger la liste de ses amis, en vue d’un jour où l’aide extérieure sera nécessaire.

Asgar Fuinnûr « Bregolanor » : L’on ne peut compter que sur soi, la seule personne qui ne risque pas de trahir. Laisser la vie à l’ennemi est inutile et inconscient, sinon pour en faire des esclaves serviles.

Laeb Mírigond : Peut-être que par « victoire sans combat », Maître Annúmacil souhaitait aussi et avant tout parler des vies épargnées au cœur de nos armées. La vie des ennemis chaotiques, démoniaques et morts-vivants ne compte guère. Celle des humains qui nous sont adverses a une grande valeur, certes, mais elle reste moindre que celle des enfants de nos terres, qui œuvre pour le Bien depuis toujours.

Sîdh Mardur : Et… qu’en est-il des Traîtres ? Les épargner en tant qu’Humains, ou les détruire en tant que servants de l’Ombre ?

Elloth arth’Othronn : Les Traîtres restent des Hommes. Ils sont restés fidèles à celui qui par faiblesse s’est tourné vers l’Ombre, mais en leur sang ils sont toujours les Enfants d’Ilúvatar.

Laeg Bachor : Ceux qui se sont résolument et consciemment tournés vers les Ténèbres doivent êtres détruits avec elles.

Asgar Fuinnûr « Bregolanor » : Les arts ténébreux ne sont pas la seule propriété de Ceux qui ont trahi. La magie est vaste, même si le Conseil en restreint les limites ! La Lumière ne pourrait-elle user des mêmes moyens que l’Ombre pour la vaincre par ses mêmes artifices ?

Laeb Mírigond : Quel que soient les interprétations des paroles du Maître, le Chef de Guerre novice peut être certain que la vie de ses propres soldats doit être préservées. À lui seul de déduire à partir de ses convictions quel doit être le sort de ses ennemis, et à en assumer les conséquences, bonnes ou mauvaises.

8

Bien gérer vos pouvoirs est une autre clef pour la victoire. Utiliser toute votre puissance pour remporter la victoire n’est pas preuve de votre talent.

Falf Glossen : L’Ennemi lance toutes ses troupes dans la guerre, puisqu’il dispose d’Orques et de monstres hideux sans limite, semble-t-il. Aussi peut-il jeter toute sa force, sans se soucier de la vie de chaque soldat. Mais cela a un revers : se croyant invincible sur le front qu’il a choisi, il peut être déjoué là où la masse de ses armées n’est pas.

Sîdh Mardur : Les Glamhyth sont en nombre infini, mais ils sont mal armés, leurs armures sont négligeables et leur préparation nulle. Ils ont l’atout du nombre, de la barbarie. Nous autres soldats de l’Empire apportons un soin méticuleux à former des troupes de qualité. Ainsi, la discrétion des guerriers d’élite peu surprendre la force infinie de l’Ombre. Mais en retour, le marteau de puissance ténébreuse n’a aucun mal à écraser ses opposants lorsqu’ils ne sont pas prévoyants. Ses troupes ne comptent guère, leur but ultime, oui.

Elloth arth’Othronn : Tout mage peut incinérer ses ennemis dans les flammes magiques mais détruire ses adversaires est le dernier recours d’un mage de talent.

Laeg Bachor : La Légion joue sur la subtilité, la perfection, la foi, et l’Ombre sur le chaos, la masse et la peur.

9

La bataille n’est qu’une feuille d’un arbre. Si une feuille tombe, est-ce que l’arbre meurt ? Mais quand une branche est coupée, l’arbre est affaibli et quand le tronc est tranché, l’arbre est condamné.

Sîdh Mardur : C’est en dénudant l’arbre de toutes ses feuilles, petit à petit, que toute vie s’en évade.

Asgar Fuinnûr « Bregolanor » : Non. Il faut sectionner le tronc le plus rapidement possible. Privé de vie, un peuple n’est plus.

Elloth arth’Othronn : Je suis persuadée du contraire. Les racines puissantes peuvent redonner vie, et les graines enfouies émerger à nouveau. L’on ne peut anéantir un peuple acharné, ou une idée ancrée dans les esprits.

Asgar Fuinnûr « Bregolanor » : Si un torrent de lave engloutit toute vie, ou si un cataclysme laboure la terre sur une grande profondeur, nulle graine ou racine ne pourra éclore à nouveau. Toute création peut être détruite.

Elloth arth’Othronn : Et tout ce qui a été détruit peut être recréé.

10

Si vous vous préparez suffisamment bien, votre victoire semblera facile et vous ne serez pas acclamé. Si vous vous préparez mal, votre victoire semblera difficile et votre célébrité sera grande.

Asgar Fuinnûr « Bregolanor » : Ceux qui passent pour les plus grands généraux sont presque toujours ceux qui sont les moins talentueux. Les vrais maîtres ne sont pas connus des foules.

Elloth arth’Othronn : La gloire personnelle compte moins que la plus petite des victoire contre l’Ombre.

Laeg Bachor : Un Général aimé de ses troupes aura un plus grand champ d’action. La confiance des soldats envers un Chef qui a déjà été victorieux solidifie l’ardeur et atténue les doutes.

Laeb Mírigond : Faut-il pour autant privilégier la gloire à la sécurité d’une victoire aisée ? L’amour des soldats pour leur Chef vient souvent de sa capacité à épargner le plus grand nombre d’entre eux, et ensuite seulement de son habileté à acquérir une victoire difficilement.

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********

*

Théâtre – La Légende de la Maison Hantée de la famille Eredhiad [II,3]

 

La légende de la maison Eredhiad

Par Renior Bal-Loth,

conteur de la Cour

II, 3

 

 

 

Personnages :

Tercáno – Impérial, 24 ans, voleur
Yuron – Elfe des Bois, 20 ans, voleur
Critharon Eredhiad - Impérial, 51 ans, marchand
Bálaniell Eredhiad – Sa femme, 40 ans
Aelin Eredhiad - Leur fille, 18 ans
Niged Eredhiad – Leur fils, 11 ans

Décor :

La fameuse maison hantée de la famille Eredhiad à Mâr Glad, rez-de-chaussée et premier étage, nécessitant une scène dotée d’un second étage où se déroulera l’essentiel de l’action.
***

La scène est plongée dans le noir.

On entend un craquement, des bruits de pas dans un escalier, le son d’une respiration d’homme, mais nous ne voyons toujours rien.


Puis une voix vient d’en haut.

AELIN (hors scène)
Hé ! Il y a quelqu’un en bas !

NIGED (hors scène)
Est-ce que je dois réveiller papa ?

AELIN (hors scène)
Non… C’est peut-être seulement mon imagination…

On peut voir la lumière d’une lanterne descendre depuis le sommet de l’escalier et la forme mince d’une belle jeune fille, AELIN, qui descend nerveusement l’escalier sur le côté droit de la scène.


Grâce à la lumière de la lanterne, nous découvrons le premier étage d’une vieille maison poussiéreuse, avec un double escalier sur le côté droit de la scène. Une cheminée éteinte s’élève sur le côté gauche. Une table, un coffre verrouillé et une penderie constituent le reste du mobilier.

NIGED (hors scène)
Aelin, qu’est-ce que tu fais ?

AELIN
Je vais juste m’assurer qu’il n’y a rien… Retourne te coucher, Niged.

Tandis que la jeune fille dépasse la table, nous voyons l’Elfe des Bois YURON se glisser avec souplesse derrière elle puis sur le côté de son champ de vision, évitant soigneusement la lumière de la lanterne. Elle ne semble pas le voir tandis qu’il s’approche lentement d’elle, ses pas n’émettant pas un bruit sur le plancher de bois.

Alors qu’il l’a pratiquement rejointe, un fracas se fait soudain entendre en contrebas. L’Elfe réagit en s’éloignant d’un bond pour se cacher derrière la table.

La jeune fille ne semble pas remarquer le bruit et Yuron entreprend de l’observer depuis sa cachette.

NIGED (hors scène)
Tu as trouvé quelque chose ?

AELIN
Non. C’était sans doute mon imagination, mais je vais aller voir en bas.

NIGED (hors scène)
Le feu est allumé ? J’ai froid…

Aelin regarde dans la direction de la cheminée depuis longtemps éteinte, de même que Yuron.

AELIN
Bien sûr que oui. Tu n’entends pas le craquement des flammes ?

NIGED (hors scène)
Si, je crois…

Aelin sursaute soudain comme si elle entendait un bruit que nous ne percevons pas. Elle tourne son attention vers l’escalier qui mène au rez-de-chaussée.

AELIN
Il y a quelqu’un ?

Aelin commence à descendre, la lanterne levée devant elle. Elle ne semble pas remarquer qu’un Impérial, TERCÁNO, la dépasse en remontant calmement l’escalier, portant un gros sac rempli de butin et sa propre lanterne.

TERCÁNO
Excusez-moi, jeune dame. Je ne fais que vous cambrioler.

Nerveuse, Aelin continue à descendre lentement l’escalier. Sa lumière nous dévoile l’étage en dessous. Son regard parcourt la pièce basse de plafond et entièrement vidée de son contenu tandis que l’action continue à l’étage.

La lanterne de Tercáno constitue à présent une source d’éclairage pour le premier étage.

TERCÁNO
Pourquoi te caches-tu, Yuron ? Je te l’ai dit, ils ne peuvent ni te voir, ni t’entendre.

Yuron sort de derrière la table, l’air penaud.

YURON

Je n’arrive pas à croire que ce sont tous des fantômes. Ils ont l’air tellement vivants.

TERCÁNO

C’est ça qui fait peur aux « superstitionneux ». Mais ils ne nous feront aucun mal. Ils revivent le passé, comme le font tous les fantômes.
YURON
La nuit où ils ont été assassinés.

TERCÁNO

Arrête de penser à ça ou tu vas te faire peur tout seul. J’ai récupéré toutes sortes de choses au rez-de-chaussée : des bougeoirs en argent, de la soie, et même de l’or. Et toi ?
Yuron lève son sac vide.

YURON
Désolé, Tercáno, j’allais m’y mettre…

TERCÁNO
Mets-toi au travail sur ce coffre, alors. C’est pour ça qu’on est venus.

YURON

Ouais, ouais. J’ai le talent, tu as les idées… et l’équipement. Tu as rempli la lanterne avant qu’on arrive, hein ? Je ne peux pas travailler dans le noir…
TERCÁNO
T’inquiète pas, Yuron. Pas de surprise, je te le promets.

Yuron sursaute tandis qu’un jeune garçon, NIGED, fait son apparition dans les escaliers. Le petit descend les marches sans bruit et s’approche du feu. Il agit comme s’il alimentait la cheminée, ajoutant du bois, tisonnant les braises, bien qu’il n’y ait ni bois, ni tison, ni flammes.

TERCÁNO
Nous avons tout le temps devant nous, mon ami. Personne ne s’approche de cette maison. S’ils voient la lumière de notre lanterne, ils penseront simplement que ce sont les fantômes.


Yuron entreprend de crocheter la serrure du coffre tandis que Tercáno ouvre la penderie pour en examiner le contenu, lequel semble essentiellement constitué de vêtements mités.

Yuron est distrait, il regarde dans la direction du jeune garçon.
YURON
Hé, Tercáno, ça fait combien de temps qu’ils sont morts ?

TERCÁNO
Environ cinq ans. Pourquoi tu me poses cette question ?

YURON
Juste pour discuter.

Tandis qu’ils discutent, Aelin, en bas, a terminé l’examen de la petite pièce et agit comme si elle verrouillait la porte d’entrée.

TERCÁNO
Je ne t’ai pas déjà raconté l’histoire ?

YURON

Non, t’as juste dit : hé, je connais un endroit qu’on peut cambrioler où il n’y a personne, excepté des fantômes. J’ai cru que tu plaisantais.
TERCÁNO

Je ne plaisantais pas, partenaire. Il y a cinq ans, les Eredhiad vivaient ici. De braves gens. Tu as vu la fille, Aelin, et le garçon, Niged. Les parents s’appelaient Critharon et Bálaniell, si je me souviens bien.

Yuron a réussi à crocheter le coffre et en examine le contenu. Pendant ce temps, Niged se relève devant le “feu”, apparemment réchauffé, et s’avance jusqu’au sommet des escaliers qui mènent en bas.
NIGED
Hé !

La voix du garçon fait sursauter Yuron, Tercáno et Aelin.

AELIN
Pourquoi tu n’es pas au lit ? Je vais juste aller vérifier la cave.

NIGED
Je vais t’attendre.

YURON
Et alors, qu’est-ce qui s’est passé ?

TERCÁNO

Oh, ils ont été réduits en pièces. A moitié dévorés. Personne n’a jamais su qui ou ce qui avait fait le coup. Mais il y a eu des rumeurs…

Aelin ouvre la porte de la cave et entre. La lumière disparaît du rez-de-chaussée. Niged attend patiemment en haut de l’escalier en chantonnant pour se rassurer.
YURON
Quel genre de rumeurs ?

Tercáno, qui en a terminé avec la penderie, aide Yuron à récupérer l’or contenu dans le coffre.

TERCÁNO

Joli butin, hein ? Oh, les rumeurs. Eh bien, on dit que dame Bálaniell était une sorcière avant de se marier à Critharon. Elle aurait tout abandonné pour lui, pour devenir une bonne épouse et une bonne mère. Mais les sorcières n’auraient pas pris ça très bien. Elles l’auraient retrouvée et auraient envoyé un genre de créature ici, au milieu de la nuit. Quelque chose d’horrible, sorti tout droit d’un cauchemar.
NIGED
Aelin ? Aelin, pourquoi tu mets si longtemps ?

YURON
Par les dieux, est-ce qu’on va les regarder se faire tuer, juste sous nos yeux ?

NIGED
Aelin !

CRITHARON (hors scène)
Qu’est-ce qui se passe en bas ? Arrête tes bêtises, mon garçon, et va te coucher.

NIGED
Papa !

Niged, effrayé, court vers l’escalier menant à l’étage. Au passage, il heurte Yuron, qui tombe. L’enfant ne semble rien remarquer et continue jusqu’au deuxième étage, hors scène.
TERCÁNO
Tout va bien ?

Yuron se remet debout d’un bond, le visage pâle.

YURON
Il m’a touché !! Comment un fantôme pourrait-il me toucher ?!

TERCÁNO
Eh bien… Bien sûr qu’ils peuvent. Certains, en tout cas. Tu as entendu parler des esprits ancestraux qui gardaient des tombeaux, et du fantôme du roi qu’ils avaient à Pellardur, dans la Baie du Sud. S’ils ne pouvaient pas te toucher, ils serviraient à quoi ? Pourquoi t’es si surpris ? Je parie que tu croyais qu’il allait te passer au travers.
YURON
Ben oui !

CRITHARON, le maître de maison, descend prudemment l’escalier.

BÁLANIELL (hors scène)
Ne me laissez pas, Critharon ! Je viens avec toi !

CRITHARON
Attendez, il fait noir. Laissez-moi prendre un peu de lumière.

Critharon s’approche de la cheminée éteinte, il avance la main et, soudain, une torche allumée apparaît entre ses doigts. Yuron recule en hâte, horrifié.
YURON
Je l’ai senti ! J’ai senti la chaleur du feu !

CRITHARON
Vous pouvez descendre. Tout va bien.

Niged conduit sa mère BÁLANIELL au bas des marches, où ils rejoignent Critharon.
TERCÁNO
Je ne vois pas pourquoi tu as tellement peur, Yuron. Je dois dire que ça me déçoit. Je pensais pas que t’étais du genre « superstitionaliste ».
Tercáno se dirige vers les escaliers montants.

YURON
Où tu vas ?

TERCÁNO
Il reste un étage à fouiller.

YURON
On peut pas juste s’en aller ?

Yuron regarde les trois membres de la famille, guidés par Critharon et sa torche, descendre vers l’étage en dessous.
CRITHARON
Aelin ? Dis quelque chose, Aelin.

TERCÁNO
Là, tu vois ? Si tu n’aimes pas les fantômes, le deuxième étage est le meilleur endroit. Ils sont tous les quatre en bas, maintenant.
Tercáno monte à l’étage, hors scène, mais Yuron reste debout en haut des escaliers, les yeux rivés sur la famille. Tous les trois examinent le rez-de-chaussée, comme l’a fait Aelin, avant de se tourner vers la porte de la cave.
YURON
Tous les… quatre ?

Critharon ouvre la porte de la cave.

CRITHARON
Aelin ? Qu’est-ce que tu fais dans la cave, ma fille ?

BÁLANIELL
Tu la vois ?

YURON
Tous les quatre, Tercáno ?

CRITHARON
Je crois que oui… je vois quelqu’un… Hé ?

YURON
Et s’il y avait cinq fantômes, Tercáno ?!

Critharon fait passer sa torche à l’intérieur de la cave et celle-ci s’éteint brusquement. Le rez-de-chaussée se retrouve plongé dans le noir.
Niged, Bálaniell et Critharon hurlent mais nous ne pouvons voir ce qui leur arrive.


Yuron est pratiquement hystérique, criant en même temps qu’eux. Tercáno redescend en hâte du deuxième étage.

TERCÁNO
Qu’est-ce qui se passe, bon sang ?!

YURON
Et s’il y avait cinq fantômes ?! L’homme, la femme, la fille, le garçon… et ce qui les a tués ?!
TERCÁNO
Et ce qui les a tués ?

YURON
Et si c’était un fantôme capable de nous toucher ?! Comme les autres !

Depuis le rez-de-chaussée plongé dans les ténèbres, on entend le grincement d’une porte qui s’ouvre, bien que nous ne puissions rien voir. Puis des bruits de pas lourds et griffus qui s’approchent de l’escalier, un pas à la fois.
TERCÁNO
Ne t’énerve pas comme ça. S’il peut nous toucher, qu’est-ce qui te fait croire qu’il voudra le faire ? Tous les autres n’ont même pas vu qu’on était là.
La lumière de la lanterne de Tercáno diminue légèrement. Il l’ajuste précautionneusement.
YURON
Oui mais… mais si ce n’était pas un fantôme, Tercáno ? Si c’était la même créature et qu’elle était toujours vivante… et qu’elle n’avait rien mangé depuis cinq ans…
Les bruits de pas commencent à marteler lentement les marches de l’escalier, bien que nous ne puissions pas voir de quoi il s’agit. Yuron remarque que la lumière de la lanterne est en train de baisser tandis que Tercáno tente frénétiquement d’en maintenir la flamme.
YURON
Tu as dit que t’avais rempli la lampe !

La lumière s’éteint totalement et la scène est plongée dans les ténèbres.

YURON
Tu m’avais promis que t’avais rempli la lampe !

De nouveaux bruits de pas suivis d’un horrible, horrible cri. Les deux hommes hurlent.

Le rideau retombe.

Lothenon *Pethdan*

Textes – Folie et Destin [II,3]

Folie et Destin

II, 3

 

 

À l’âge de 16 ans, Mílenna Ioloth s’était déjà invitée dans toutes les boutiques luxueuses et grandes demeures de Minas Nen. Parfois, elle dérobait tous les objets de valeur qu’elle trouvait à l’intérieur, mais pas toujours : il arrivait en effet qu’elle s’accorde juste le plaisir de crocheter les serrures, de contourner et de désarmer tous les pièges qui lui étaient tendus. Quoi qu’il en soit, elle signait toujours facétieusement ses méfaits d’une paire de dés à jouer laissés derrière elle. Insaisissable, elle reçut le surnom de « Destin » de la part des habitants du cru.

À cette époque-ci, il n’était donc pas rare d’entendre des conversations de ce genre :

« Qu’est-il donc advenu de votre merveilleux collier, ma chère ?

- Il m’a été pris par le Destin, très chère. »

Les seuls moments où Destin trouvait ce passe-temps détestable étaient ceux au cours desquels, par la faute de mauvais calculs, elle rencontrait malencontreusement le propriétaire ou un garde. Elle n’avait encore jamais été attrapée mais, bien souvent, il s’en était fallu d’un rien. Et puis, un jour, elle décida qu’elle manquait d’ambition. Un soir, alors qu’elle se demandait si elle devait partir habiter dans la ville côtière de Círbann Tiras, voire même à Minas Ivor, elle entendit parler du tombeau des Sedyr à l’auberge des Huit plats. On disait cette crypte mythique truffée de pièges mortels défendant les trésors mortuaires ensevelis là depuis des siècles avec les défunts de la famille Sedyr.

Vaincre la malédiction du tombeau tout en s’enrichissant était une idée qui la séduisait, mais elle se savait incapable d’affronter les gardiens de la crypte. Tandis qu’elle réfléchissait aux différentes options possibles, elle remarqua Bellor Morgand assis, seul, à une table proche. Ce Númenoréen à l’impressionnante musculature avait la réputation d’être un doux excentrique, un grand guerrier qui avait perdu la raison et qui, depuis, accordait plus d’attention aux voix qu’il entendait dans sa tête qu’au monde qui l’entourait.

S’il lui fallait absolument s’encombrer d’un partenaire, Destin décida que Morgand ferait parfaitement l’affaire. En effet, la répartition du butin à parts égales était un concept qui le dépassait totalement et, si d’aventure les choses venaient à mal se passer, ou qu’exaspérée par sa compagnie elle devait se décider à l’abandonner, personne ne s’inquièterait au sujet du guerrier.

« Bonjour Bellor. Je ne crois pas que nous ayons fait connaissance, mais je m’appelle Mílenna, dit-elle en approchant de la table de l’homme. Je cherche à entrer dans le tombeau ancestral des Sedyr. Pourrais-tu te charger des gardiens si je m’occupe des pièges et des serrures ? »

Le Númenoréen réfléchit longuement, comme s’il écoutait les conseils que lui susurrait une voix intérieure, après quoi il hocha la tête.

« Oui, oui, marmonna-t-il. Cale. Acier brûlant. Chitine. Mur derrière portes. Soixante-trois. Deux mois et retour.

- Excellent, répondit Destin, nullement troublée par les paroles incompréhensibles de son nouveau comparse. Nous partirons tôt demain matin. »

Quand elle vint le rejoindre le lendemain matin, elle vit qu’il avait revêtu une armure de chitine et qu’il portait une épée luisant délicatement. En route vers leur objectif, elle tenta à plusieurs reprises d’engager la conversation, mais les réponses du guerrier étaient tellement dénuées de sens qu’elle finit par renoncer. Un orage soudain les trempa jusqu’aux os mais sans les retarder, l’armure de chitine de Bellor ne craignant pas la pluie. Pour sa part, Destin ne portait jamais d’armure.

Ils s’enfoncèrent dans les profondeurs du tombeau et la jeune femme constata rapidement que son instinct ne l’avait pas trompée : le guerrier et elle faisaient une fine équipe.

Elle reconnut tous les pièges, trappes et autres stratagèmes mortels avant qu’ils ne se déclenchent et crocheta tous les types de serrures possibles et imaginables : simples, multiples, à combinaison, et d’autres encore si anciennes qu’elles n’avaient pas de nom moderne, et si rouillées qu’il aurait été dangereux de les ouvrir même avec la bonne clé.

Pour sa part, Bellor tua plusieurs dizaines de monstres que Destin, ayant toujours vécu en ville, n’avait jamais vus auparavant. Les flammes de son épée enchantées se montrèrent particulièrement efficaces contre les esprits de givre. Le Númenoréen lui sauva même la vie lorsqu’elle perdit l’équilibre et faillit tomber dans une crevasse sans fond.

« Pas se faire mal, dit-il, visiblement inquiet. Murs derrière portes et soixante-trois. Anneau vampire. Deux mois et retour. Cale. Venir, Destin. »

La voleuse n’avait jamais vraiment fait attention aux baragouinages de Bellor, mais cela changea quand elle l’entendit l’appeler « Destin ». Elle s’était pourtant présentée à lui sous le nom de Mílenna. Se pouvait-il que les paysans aient raison quand ils affirmaient que les fous bénéficiaient des conseils de l’Esprit dément Baug, lequel leur permettait de savoir des choses dépassant leur entendement ? Non. Sans doute le guerrier avait-il inconsciemment fait le lien à force d’entendre à Minas Nen que toutes les serrures étaient crochetées par le Destin…

Alors qu’ils reprenaient leur progression, elle se mit à penser aux marmonnements de Bellor. Il avait dit « chitine » lors de leur rencontre, et c’est vrai que son armure leur avait été particulièrement utile, de même que son épée de feu qui devait sans doute correspondre à « acier brûlant ». Mais que signifiaient alors ce « mur derrière portes » et ces « deux mois et retour », qu’il répétait sans cesse ? ou bien encore ce nombre, « soixante-trois » ?

Un malaise grandissant s’empara de Destin quand elle conclut que son compagnon savait des choses sur elle et le tombeau dans lequel ils se trouvaient. Elle décida alors de se débarrasser de lui une fois le trésor découvert. Il avait éliminé tous les gardiens qu’ils avaient croisés jusque-là, et ne risquerait donc rien en repassant par le même chemin.

Le problème, c’était qu’elle avait reconnu l’un des termes qu’il avait énoncés après l’avoir rattrapée au bord de la crevasse, « anneau vampire ». Dans un manoir de Minas Nen, elle avait pris cet anneau, qu’elle trouvait joli. Ce n’est que bien plus tard qu’elle avait découvert qu’il pouvait voler l’énergie vitale des autres êtres vivants. Bellor le savait-il ? Serait-il surpris si elle tentait de l’utiliser contre lui ?

Elle commença à penser au meilleur moyen de se débarrasser du guerrier alors qu’ils remontaient un long couloir. Celui-ci s’achevait par une lourde porte en fer munie d’une serrure dorée. Sortant ses crochets, Destin se mit à l’ouvrage et l’ouvrit en quelques instants. Le trésor mortuaire des Sedyr l’attendait de l’autre côté.

Elle entra dans la pièce, ôtant subrepticement son gant afin de pouvoir faire usage de son anneau. Soixante-trois sacs d’or étaient disposés devant elle. Elle se retourna vers le guerrier mais, à cet instant, la porte se referma entre eux. Sauf que ce n’était pas une porte, mais un mur. « Murs derrière portes… »

Destin hurla de longs jours durant, essayant vainement de trouver une issue à la salle. Puis elle s’assit, découragée, sans pouvoir faire taire le rire moqueur de Baug qui résonnait à ses oreilles. Quand Bellor revint deux mois plus tard, elle était morte. Plaçant une cale de manière à empêcher la porte de se refermer, il s’empara de l’or avant de repartir tranquillement…

Lothenon *Pethdan*

Textes – La Légende des Amants du Lac [II,3]

La Légende

 

des Amants du Lac

 

 

II, 3

« Un rêve étrange m’est venu, souffle Fanórdil.

- Dame Authael aime à insuffler les visions d’autres temps et endroits à ceux qu’elle juge dignes de son savoir… acquiesce Ohtar.

- Depuis que nous campons aux abords de ce lac, mon sommeil est troublé de ces apparitions ; Chaque fois je ne sais dire si mes yeux ont bien vu ou si la fatigue les a abusés. »

Racontant ceci, Fanórdil se remémore ce que ses yeux ont aperçu entre les taillis le soir précédant, sous le clair des Lunes …

***
La nuit est très sombre. Le vent secoue doucement les saules. Tout est calme, ou semble l’être, près des rives de l’étang. Les lunes d’Elenardh se réfléchissent sur la surface ondulante de l’eau. L’appel d’un hibou résonne. Aucune lueur n’éclaire le château voisin ; il semble désert.

Alors que la nuit se prolonge et que les satellites mêlés se déplacent à travers les cieux, une faible lueur apparaît près du château. La lumière se dirige lentement vers le lac et, atteignant la berge, s’arrête. Un visage, indubitablement celui d’une belle femme, se tient là, regardant avec mélancolie les eaux sombres. Sa lanterne vacille dans la brise et l’illumine. Des larmes ruissellent le long de ses joues ; sa robe, belle autrefois, est désormais en lambeaux et souillée.

La surface du lac s’agite, mais pas sous l’effet du vent : que la nuit est devenue aussi silencieuse que sombre. Lentement émerge de l’eau le visage d’un homme, un guerrier, entièrement paré de l’armure d’un chevalier de l’Empire sur le champ de bataille. Il semble flotter au dessus de l’eau en direction de la femme, puis s’arrête près d’elle.

« Maelína, prononce le fantôme.

- Mon Seigneur, Gaelnor, soupire la ravissante Maelína en s’agenouillant. Tu es venu a moi, une fois de plus.

Oui, répond Gaelnor. Les journées sont longues en attendant le moment où je pourrais revoir ma bien-aimée.

Les amants, face à face, se regardent avec mélancolie, incapables de se toucher ou de s’embrasser, incapables de satisfaire leur amour non consommé, jusqu’à ce que les premières lueurs de l’aurore commencent a teinter le ciel.

Gaelnor laisse choir quelque chose à terre, tout comme Maelína le fait à chaque départ. Les eaux du lac prennent à nouveau possession du beau chevalier et la jeune femme rentre lentement au château. Alors que la surface de l’eau s’immobilise dans un doux frémissement et que la lanterne de Maelína disparaît, l’aube se lève au-dessus du lac.

Sur la berge se trouvent deux belles roses, l’une pourpre et l’autre aussi blanche que neige. Le lac, par ses ondulations, emporte les deux fleurs et les entraîne dans ses profondeurs, laissant le rivage aussi nu qu’il l’était dans les heures précédant la tombée de la nuit.

***

Idhren, que les rougeoiements des flammes enrobaient, était resté silencieux durant le récit du jeune homme. Levant la tête, le magicien dit :

« J’ai à vous enseigner la Légende de ce lieu. Ces ruines que vous apercevez, juste devant le bois, sont celles du Manoir Gaelnor. Les villageois des environs déclarent souvent avoir vu ces amants au cours de leurs rencontres nocturnes. L’auberge Au Sanglier du Val est toujours bruyante de conversations à ce sujet. »

Le vieil homme conte alors le destin des deux amants aux jours anciens : Les fiançailles de Seigneur Gaelnor et Dame Maelína ; Gaelnor appelé au combat pour défendre le royaume ; Cýron, le sorcier du château, s’enflammant d’amour et de désir pour Maelína et repoussé par celle-ci ; la mort de Gaelnor au champ de bataille ; celle de Maelína, par sa propre main, à la découverte de cette nouvelle ; la malédiction jetée par Cýron sur leurs âmes, qui ne leur accorderait pas le repos tant que Maelína n’aurait pas accepté de devenir l’épouse du sorcier, même dans la mort…

Sous le jeune clair de lune, Idhren achève son récit dans un soupir, bercé par la tendre chaleur du feu : « Cýron erre désormais à travers les salles désertées du Manoir Gaelnor, espérant que Maelína accepte sa demande. Et les amants renouvellent leur rencontre, durant quelques instants chaque nuit, sur les rives du lac désormais connu comme le Lac des Amants. »

Lothenon *Pethdan*

Textes – Le Fruit de la Récolte [II,4]

Le Fruit de la Récolte…

-une histoire de pommes-

 

I Iav en Iavas…

-sinnarn cerdyf-

 

II, 4

 

 

 

Le château tiendrait. Quelle que soit la force incommensurable de l’ennemi, les remparts de la citadelle de Solgarth ne tomberaient jamais, mais c’était là une bien piètre consolation pour Darthelion. La faim lui tiraillait l’estomac, plus qu’elle ne l’avait jamais fait. Certes, le puits donnait suffisamment d’eau potable pour tenir jusqu’à l’Ère prochaine, mais son organisme lui rappelait sans cesse qu’il avait également besoin de nourriture.

Et le chariot de provisions garé dans la cour n’arrangeait rien. Quand l’armée du Roi de Lossarn avait quitté Solgarth en chargeant Darthelion de veiller, seul, à ce que le château ne tombe pas entre les mains ennemies, elle avait laissé derrière elle un chariot qui permettrait de le nourrir plusieurs mois durant. Ce n’est qu’à la nuit tombée que Darthelion avait inspecté le chariot… pour s’apercevoir qu’il ne contenait rien de comestible : Ses caisses étaient remplies d’armures de shaalk, prises lors d’une incursion dans les Hautes Terres Noires où se trouvent les grands « gisements » de chitine, c’est-à-dire les cimetières insectes. Apparemment, les Nordiques étaient partis du principe que le chariot contenait de la nourriture, mais personne n’avait pensé à vérifier. Si les Elfes Noirs auxquels le chariot avait été dérobé l’apprenaient, ils en mourraient de rire.

Darthelion ne put s’empêcher de penser qu’Eirien aurait trouvé cela ironique, elle aussi. Mercenaire tout comme lui, elle lui avait longuement parlé de l’armure de shaalk, spécialiste qu’elle était de tous les types d’armure légère. Elle lui avait d’ailleurs précisé que, contrairement à certaines autres armures de cuir, qu’il était possible de manger en dernière extrémité après les avoir longuement fait bouillir, celles faites de chitine n’étaient absolument pas comestibles. Dommage qu’elle ne soit pas avec lui pour apprécier l’ironie de la situation. Mais elle avait choisi de rentrer en Sarnor avant même le départ de l’armée du Roi, préférant y mener une existence de fugitive recherchée par la Légion plutôt que de vivre libre en Urd.

Au seizième jour, Darthelion avait dévoré toute la végétation poussant dans la cour. Il avait également fouillé le château de fond en comble, et tout ce qui pouvait être mangé l’avait été : rats, insectes… et même le bouquet de fleurs fanées retrouvé dans la chambre de la comtesse. Les quartiers de l’intendant, remplis de livres de lois pour le moins indigestes, n’avaient eu que deux bouts de pain rassis à lui offrir, et Darthelion avait même essayé de racler un peu de mousse sur les murs à l’aide de son poignard. Inutile de nier l’évidence, il serait ce que l’on peut appeler mort de faim avant que l’armée ne revienne rompre l’encerclement dont il faisait l’objet.

« Le pire, fit Darthelion, qui s’était mis à se parler à voix haute depuis le huitième jour de siège, c’est de savoir qu’il y a tant à manger si près. »

En effet, un immense verger de pommes dorées s’étendait sur plusieurs milles à portée de flèche de part et d’autre du château. Les beaux fruits ronds renvoyaient les rayons du soleil et le vent apportait leur douce odeur acidulée à l’assiégé, comme pour mieux le torturer.

Comme la plupart des Elfes des Bois, Darthelion était archer hors pair. Passé maître dans l’art du meurtre à distance, il était conscient de n’avoir guère de chances de survivre au corps à corps, ce qui l’empêchait d’essayer de se faufiler entre les lignes ennemies, dans l’espoir d’atteindre les arbres fruitiers. Il savait depuis longtemps qu’il lui faudrait tenter sa chance un jour ou l’autre, mais il n’avait cessé de reculer l’instant fatidique. Sauf qu’il n’avait plus le choix, désormais.

Enfilant une armure de shaalk pour la toute première fois, il fut surpris par l’impression de légèreté qu’elle lui donnait ; il avait l’impression de porter une tunique en velours tout juste enveloppante. Il eut également une impression extrêmement désagréable, dont il connaissait pourtant la provenance : plusieurs mois après la mort de l’insecte géant, la peau venimeuse de la créature était par moments encore traversée de légères impulsions nerveuses, donnant l’impression qu’elle était toujours vivante. Cela lui communiqua un regain d’énergie. Eirien lui avait d’ailleurs dit de s’y attendre en lui expliquant comment se défendre en portant une telle armure.

Sous couvert de la nuit, Darthelion sortit par la poterne du château, qu’il referma derrière lui à l’aide d’une clé particulièrement encombrante. Il partit ensuite en direction du verger sans faire de bruit, mais une sentinelle postée derrière un arbre l’aperçut. Conservant son calme, Darthelion fit exactement ce que lui avait dit Eirien et resta totalement immobile alors que l’ennemi attaquait. La lame ripa le long de l’armure, déséquilibrant le garde. Car c’était cela, l’astuce : il fallait accepter le coup et l’accompagner afin de laisser la peau de shaalk le détourner.

Comme disait Eirien : « Il suffit de retourner le mouvement de l’ennemi contre lui. »

Plusieurs autres adversaires tentèrent de l’arrêter mais, à chaque fois, leur épée ou leur hache glissait le long du cuir de shaalk. Les bras chargés de pommes, Darthelion revint au château en courant. Ouvrant puis refermant la poterne à clé derrière lui, il mangea à s’en éclater la sous-ventrière.

Au fil des semaines, il multiplia les sorties pour ramener de quoi manger, ou du moins, de quoi survivre. L’ennemi se mit bien vite à s’y attendre, mais Darthelion modifiait toujours son horaire et affrontait tous les adversaires qui lui étaient proposés de la même manière, en laissant la peau de shaalk détourner le coup au dernier moment. Cela lui permit de survivre, seul, dans les couloirs déserts de Solgarth.

Quatre mois plus tard, alors qu’il préparait une nouvelle opération de ramassage de pommes, il entendit une grande clameur derrière la herse. Montant sur le haut des remparts pour voir de quoi il s’agissait, Darthelion aperçut les étendards du roi de Lossarn, de son employeur le comte de Solgarth et de leur ennemi le roi de Megorrasc. Apparemment, une sorte de trêve avait été conclue.

Darthelion ouvrit les portes et les trois armées s’engouffrèrent dans la cour. Beaucoup de chevaliers de Megorrasc voulurent serrer la main de celui qu’ils avaient surnommé l’Ombre du Verger, le félicitant de la manière dont il avait esquivé leurs assauts et s’excusant dans la bonne humeur d’avoir fait tout leur possible pour le trucider.

« Il ne reste presque plus une pomme dans le verger, commenta le Roi de Lossarn après qu’on lui eût narré l’histoire.

- J’ai commencé de ce côté et j’ai progressé petit à petit, expliqua Darthelion. Je me suis également servi des pommes que je ramenais pour attirer les rats, afin de manger un peu de viande.

- Nous avons passé plusieurs mois à définir la trêve dans ses moindres détails, poursuivit le Roi. C’était proprement épuisant. Le Comte va reprendre possession de son château, mais il reste un léger détail à régler. Vous êtes un mercenaire et, en tant que tel, vous êtes responsable de vos dépenses. Si vous étiez mon sujet, la situation serait différente, mais la loi doit être scrupuleusement respectée, vous en conviendrez.

Était-ce l’habitude de porter l’armure de shaalk ? Darthelion s’attendait au couperet qui allait tomber.

- Le problème, c’est qu’en mangeant toutes ces pommes, vous avez mis à mal la récolte du Comte. Il paraît évident que vous avez mangé bien plus de pommes que votre solde de mercenaire n’aurait pu vous permettre d’en acheter. Je ne tiens pas à vous pénaliser, compte tenu du fait que vous avez accompli un excellent travail en gardant ce château en notre absence, mais vous êtes d’accord qu’il faut procéder selon les règles ?

- Bien sûr, répondit Darthelion sans chercher à se dérober à l’attaque.

- Heureux de l’entendre, fit le Roi en souriant. Dans ce cas, nos estimations montrent que vous devez au Comte trente-sept mesures impériales d’or, plus quelques pièces d’argent et de cuivre… que l’on pourra négliger, compte tenu de votre exploit.

- Que je lui rembourserai, avec les intérêts, après la récolte d’automne, répondit Darthelion en accompagnant le coup. Car il reste plus de pommes sur les arbres que vous ne semblez le penser.

Les deux Rois et le comte le dévisagèrent, interloqués.

- Nous étions bien d’accord pour respecter la loi à la lettre, poursuivit Darthelion, et j’ai eu le temps de beaucoup, beaucoup lire pendant que vous discutiez de votre trêve. En l’an 54 du règne de Celon Minui “Tarias”, le Conseil Impérial a été appelé à régler certains problèmes de propriété terrienne, qui se multipliaient en Urd en cette époque troublée. Il a décrété que tout homme sans seigneur occupant un château pendant au moins trois mois et un jour s’en verrait nommé propriétaire de plein droit, ainsi que des terres afférentes et toutes autres dépendances… Cette loi est excellente, en ce sens qu’elle encourage les seigneurs à ne jamais déserter leur terre. Donc, vous voyez, selon la loi, c’est moi, le nouveau comte de Solgarth. »

Aujourd’hui, le fils du fils du fils de Darthelion est Comte de Solgarth à son tour, et ses pommes dorées sont les plus succulentes de tout l’Empire…

Lothenon *Pethdan*

Textes – Silence [II,3]

 

Silence

~Dîn~

 

II, 3

 

« J

‘ai entendu parler de vous, fit le vieux vagabond, impressionné. Ne seriez-vous pas le grand aventurier qui est parvenu à vaincre tous les morts-vivants de la Péninsule Flétrie, il y a quelques semaines de cela ?

- Si, en effet, répondit Neldor Aglaraeg sur un ton poli, sachant qu’il n’avait pas encore tout à fait acquis un statut de légende. Et vous êtes ?

- Mon nom ne vous dira rien, mais je m’appelle Ereb Naruthîl, dit l’homme en levant sa chope pour le saluer. Je viens d’un petit village proche de la Péninsule, et c’est là-bas que j’ai entendu parler de vous. Vous êtes-vous à nouveau engagé dans quelque aventure qui vous amène en ce lieu perdu ?

- Oui, répondit Aglaraeg en se renfrognant brusquement. J’ai reçu pour mission de débarrasser les Grandes Pâtures Vertes d’un mage incontrôlable que les paysans appellent Delunaeth, la Morsure Mortelle.

- J’ai également entendu parler de lui. On dit qu’il est très puissant et implacablement cruel.

- Pourquoi donc croyez-vous que je bois ? sourit Aglaraeg, tout en n’étant que peu enthousiaste d’affronter ce satané mage, tout compte fait. Et vous, quelle est votre profession ?

- Moi ? Je ne fais rien, répondit le vieil Ereb, non sans fierté. Mais quand j’étais jeune, j’enseignais la pratique de la magie d’Altération à l’Université de Caras Gwaeren.

- Dans ce cas, peut-être pourrez-vous m’aider, s’anima soudain l’aventurier. J’aurais besoin de votre art. Sauriez-vous m’apprendre un sort de silence ?

- J’en connais les secrets, en effet. Mais sans doute qu’un sort d’Illusion pour vous rendre invisible ou vous entourer de ténèbres artificielles vous serait plus utiles : il vous permettrait d’approcher Delunaeth sans vous faire repérer.

- Non, rétorqua fermement Aglaraeg. J’ai juste le temps d’apprendre un seul sort, pas plus. Il faut que je tue Delunaeth, que j’aille chercher la récompense et que je rentre chez moi au plus vite. Ma femme se fait du souci quand je ne suis pas là. »

Ereb Naruthîl accepta et expliqua comment le sort fonctionnait alors que tous deux sirotaient leur bière, délicieusement brassée d’ailleurs. Il expliqua comment modifier par la pensée la trajectoire des ondes sonores afin de créer un cône de silence et aussi comment détourner les ondes lumineuses afin de produire de l’obscurité. Il demanda à Aglaraeg de fermer les yeux pendant qu’il tapait délicatement sur le bois de l’épaisse table, lui apprenant à bien capter toutes les nuances du bruit résultant et de considérer celui-ci comme une entité physique à part entière.

Après plusieurs heures de cours, l’aventurier paya le vieux professeur et partit affronter son adversaire. Les Tertres Verts de Haudh Galen, la forteresse en ruine du magicien renégat, ne se trouvaient pas très loin de Minas Nen, et Aglaraeg aperçut bien vite les bâtiments délabrés. Une fois sur place, il s’enfonça dans les collines que mutilaient de part en part des fosses et des cavités fangeuses, remplies d’immondes détritus de guerre. Il fut aussitôt attaqué par les serviteurs, vivants ou morts, du mage dément. Armé de son épée forgée de laen enfumé et enchanté, il vainquit la légion de créatures avant de se retrouver face à leur maître dans une grande salle déserte.

Delunaeth s’inclina devant lui d’un air moqueur et prépara sans attendre une boule de feu pour l’incinérer. Mais avant même de commencer sa sombre incantation, il se rendit compte que tous les petits bruits habituels de son repaire s’étaient tus. Il ouvrit la bouche pour parler, mais aucun son n’en sortit. Aglaraeg avança tranquillement jusqu’à lui et le tua presque négligemment d’un coup d’épée.

L’aventurier se précipita alors au temple du culte local qui lui avait confié cette mission afin de recevoir sa large récompense sans attendre. Quelques jours plus tard, il avait rejoint sa maison dans les faubourgs d’Andriss, la cité entre les montagnes. Líria, sa femme, était comme toujours morte d’inquiétude.

« Je n’arrivais pas à trouver le sommeil, se lamenta-t-elle. Je ne cessais de t’imaginer réduit en cendres ou torturé par ce mage, et que serait-il advenu de moi, alors ? Avons-nous assez d’or pour que je puisse continuer à vivre convenablement si jamais – puisse sainte Manadh faire que cela n’arrive pas – tu venais à te faire tuer dans l’une de tes stupides aventures ? Je ne crois pas. Pourquoi diable n’as-tu pas accepté un poste bien tranquille à la guilde des Guerriers ? Sinon, j’ai entendu dire que la garnison locale de la Légion cherche un instructeur. Je sais, je sais, tout ce qui t’intéresse, c’est l’aventure et la liberté. Mais si tu pensais un peu à moi, qui me morfonds chaque fois que tu pars… J’imagine que tu voudrais que porte un peu plus d’intérêt à ton travail, si on peut appeler ça comme ça, mais c’est ce que je disais l’autre jour à Gwael Edlothiad. Je lui ai dit, à quoi sert un mari… »

Líria continua de parler, sans se rendre compte que les mots ne sortaient plus de sa bouche. Aglaraeg sourit et hocha la tête, appréciant à sa juste valeur ce soudain et profond silence. Il aurait sans doute pu tuer Delunaeth sans ce sort, mais, ce qui est sûr, c’est qu’il n’aurait jamais survécu à sa femme…

Lothenon *Pethdan*

Protégé : Croquis – Linaewen, Brennil i Dhôr Galadhremmen

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Textes – Equité entre les Enfants d’Elenardh [II,3]

Je tiens à préciser que si j’avais dû personnellement disserter des présentes questions, je l’aurai fait d’une manière un peu différente… les propos des personnages de romans ne sont pas forcément celles de leurs auteurs… au contraire, parfois… ;)

(sinon on va encore me traiter de communiste XD)

***

Équité entre les Enfants d’Elenardh

-

in Brèves mémoires entre deux Mondes

par Sadron Amath,

Scribe de l’Empire à Minas Brethil

 

J’ai observé une chose en ce monde nouveau pour nous tous, Exilés. Quelque chose que nous n’avions pas, idiots que nous étions, reproduit sur Arda.

Voici : en ce vaste monde, les Enfants de l’Unique sont considérés selon le même regard. Un tel état de choses pourrait être méprisé par les grands guerriers que nous avons importés depuis notre monde en ruines, cependant c’est pour nous autres Periain une immense leçon, et non la dernière.

Sur ces terres de l’Empire des Étoiles, où la Lumière, la Connaissance et l’enseignement des Anciens ont été conservés, chaque Homme ou créature agissant pour le Bien ont une valeur égale.

Ainsi, la Femme a l’admiration des Hommes par leur pouvoir de donner la Vie. Ce cadeau que les Titans ont conféré à Celles chez qui grâce rime avec subtilité est inestimable : par l’Ombre, bien des vies sont ôtées, et ce don de recréer ce qui a été détruit est considéré comme divin. Et les Hommes sont leur reflet. Ni contraires, ni identiques, ils sont le complément pour créer le tout.

Dans ces peuples, les armées ne sont pas masculines et brutales : Jouant autant sur l’agilité que sur la force, les Légions ont compris les ingrédients de l’équilibre. L’équilibre amène la grandeur et le bonheur. De même, marchands et guérisseurs se mêlent en quantité égale aux marchandes et guérisseuses.

Le pauvre hère à qui l’infortune a tout ôté et le riche marchand ont le même statut : Recueilli par le Temple ou par la Légion, le mendiant aura une chance de reconstruire ce qui fut perdu, de recevoir l’éducation de l’Empire, puis de s’élever, lui et sa famille, en devenant guérisseur, prêtre ou guerrier de talent. Et le marchand, quant à lui, doit par esprit et bienveillance prendre sous son aile artistes, artisans et tous ceux qui ont été blessés par l’existence. Voilà ce qui manquait à notre race sur Arda : cette conscience. Ici, nul n’oserait garder sa fortune derrière des murs, le code inscrit dans le cœur de chacun pousse à aider, à bâtir le bien de la communauté. Les Enfants d’Elenardh ont compris cela : l’on ne peut s’élever que tous ensemble, faute de quoi l’on retombe tous ensemble. Mais ce « code » issu des valeurs ancestrales qu’invoquent les habitants de ce monde exige aussi que le nécessiteux doit se relever. Chacun, face à ses ancêtres, ou face à la communauté, trouve normal de s’aider, entre Enfants de la Lumière, contre l’Ombre. Sans doute cette Ombre « manquait » sur Arda, et ne nous poussait pas à l’entraide.

Ici, le Souverain s’oblige à rendre des comptes à son peuple : le dirigeant est tel un père. Il s’engage à défendre ses enfants, et il est à sa place par la volonté de ses enfants. De leur côté, le peuple respecte et admire son Roi, tel un enfant son père. Le peuple a remis sa sécurité et sa direction entre les mains du Roi, et en ceci il a confiance en lui. Le Roi a donc une obligation devant son peuple. Cela crée un équilibre de confiance et de devoir commun. Celui qui fut choisi dans le passé pour gouverner bénéficie d’une aura, mais il doit se montrer digne d’elle. Le Roi est proche des affaires de l’Empire : tel un père, il arpente les rues et s’enquit des besoins de chacun, satisfaisant le peuple et son propre rôle. L’Empereur étant en quelque sorte un porte-parole de l’Unique, sans être le gourou de sa volonté, il agit par et pour les Valeurs de la Lumière.

Dans l’Empire, la vie du soldat n’est jamais sacrifiée sans but, et sans douleur. En retour, les soldats ont confiance en leurs généraux, qui ne les feront pas mourir pour rien.

Les paysans savent que les impôts servent à subvenir aux besoins de l’Empire, à qui ils ont délégué leur pouvoir, et qui les protège.

Les enfants ne remettent pas en cause leurs parents, car ils savent qu’ils leur doivent non seulement la vie, mais également le pain à chaque repas. Les parents transmettent à leurs fils et à leurs filles l’Histoire et les Valeurs du passé, celles qui leur ont amené paix et prospérité à travers tous les Âges du Monde… celles qui opposent la Lumière et l’Ordre à l’Ombre et au Chaos.

***

Les Enseignements des Sages

font la Lumière sur la Terre des Étoiles

[devise de la famille Amath...]

 

Artisan… de mots ?

Comme certains caressent la pierre,

modèlent l’argile,

…le bois… ou le métal

ou bien encore comme tous ceux qui usent de leurs mains pour faire naître la beauté à partir de rien…

je suis un artisan

 

 

…je me sers de mes mains pour travailler les mots,

dessiner de ma plume…

Des mains pour créer, pour toucher l’essence des mots… pour façonner des rêves…

…des mains plus précieuses que des yeux…

Car même aveugle, l’on peut encore créer

puis offrir…

Offrir, donner… oui, donner…

 

Inventer, réinventer, façonner puis détruire… remodeler, perfectionner, lisser, rendre doux

tout en gardant une part de sauvage

d’indompté

de mystérieux…

 

Un simple artisan…

Si peu…

Mais… tellement…

Oui, tellement…

Un pouvoir, celui de créer…

Un geste, celui d’écrire…

Angoisse et frénésie

Bonheur et frustration…

 

ArtisanArtiste ?

Certains s’approprient ce second mot comme un titre de noblesse…

… d’autres non.

Car si un bon artisan se doit de posséder une part d’artiste

…une sensibilité et une hauteur d’esprit…,

il est improbable pour un artiste de créer sans artisanat…

L’Artisan… qui caresse et modèle à l’image de ses rêves…

Amoureux des choses simples et belles de tous les jours…

 

Du levain du boulanger aux joyaux des orfèvres,

De l’épée du forgeron aux rimes du troubadour,

Tous ont une âme unique…

Notes – Métaux et alliages

Malgré les apparences, ce n’est pas si long que ça ^^ et puis ça permet de mieux cerner le monde d’Elenardh…

***

Métaux et Alliages

 

Métaux et minéraux employés en armurerie

Arinyark

Minéral de couleur turquoise à bleu foncé qui absorbe et retient les effluves d’Essence ; l’arinyark a la capacité de stocker l’énergie magique de manière exceptionnelle. En étant utilisé comme une batterie, il absorbe constamment l’Essence. Il ne peut pas stocker un sort spécifique. Sa qualité d’absorption peut être utilisée à des fins défensives : une armure totalement faite de plaques d’arinyak donnera une défense exceptionnelle contre toute magie, excepté – revers de la médaille – les sorts d’implosion de Mána, qui font littéralement exploser l’Essence contenue, et par la même occasion… son porteur…

Heledhorn (« arbre de verre », -> arcanite)

Les Arbres de Verre sont des sortes de plantes minérales se développant principalement dans les grottes et les sources de montagne. C’est la seule exception connue de vie basée sur une structure silicifiée et non carbonée. Cette « plante » se « nourrit » de la silice contenue dans le sable humides et les moraines des rivières et des glaciers, et elle a besoin d’eau et de Faëra en permanence, faute de quoi elle « meurt », devient opaque, s’effrite et se désagrège. Les Heledhyrn ressemblent à des sortes d’algues dressées, tentaculaires et aux formes étranges. Se ramifiant en « branches », elle se développe lentement pour la plupart des espèces. Plus la croissance est lente, plus les fibres silicifiées seront résistantes. Les différents éléments contenus dans leurs sables d’origine leur donnent cette incroyable gamme de couleurs, allant du cristallin le plus transparent au brunâtre presque opaque, en passant par des notes de rouge, de pourpre, de jaune, d’ocre et de gris… Elle n’a pas de racines, mais le sable proche des troncs se durcit, liant ainsi la « plante » au sol. Cette accrétion est si solide qu’il est presque impossible de séparer le tronc du sol. Ainsi, il est nécessaire de couper l’Heledhorn comme on le ferait pour un arbre quelconque, qui repoussera par la suite, comme une stalagmite. Les Heledhyrn millénaires peuvent atteindre une hauteur immense, se ramifiant et se multipliant pour aboutir à une vraie forêt minérale. Une fois abattu, le « bois » doit être impérativement contenu dans de l’eau, dans laquelle il pourra le cas échéant se conserver des années durant, maintenu « en vie » par le fluide. Y rajouter du sable pourra même le faire repousser. Il est également de première importance de le « nourrir » de Faëra, l’essence magique. Tant qu’il est en vie, ce minéral est très aisé à tailler et à raboter. Cependant, s’il est soit privé d’eau et de magie, soit chauffé alors qu’il est encore en vie, il tombera en morceaux rapidement. Une fois taillé selon nécessité, la clé est donc de le placer au froid, où il perdra en douceur son eau, et se solidifiera d’autant. Le baigner plusieurs mois dans de l’eau emplie de puissants enchantements accroîtra considérablement sa puissance. Une fois devenu « verre », il aura un superbe aspect brillant et translucide, conservant sa couleur d’origine. Ce minéral vivant est parfait pour des armures, en raison de leur grande résistance, et de leur capacité à stocker la magie, mais également comme matériau pour des pointes de flèches ou des lames, étant très acéré et durable une fois poli.

Laen (-> ébonite)

Le laen est un cristal/verre volcanique extrêmement dur qui peut être forgé en de des armes indestructibles et au tranchant toujours affilé. Les armes en laen sont toujours considérées comme magiques. Il est aussi utilisé pour divers objets magiques tels que des amulettes, lentilles et joyaux enchantés. Il existe deux variétés de laen : le fumé et le blanc.

->Le laen fumé est naturellement noir, et doit être refroidi à des températures extrêmement basses dans des forges de froid spéciales pour être suffisamment malléable. A ces températures glaciales, il peut être éclairci ou teinté. En se réchauffant il gagne force et rigidité qui sont la marque de ce verre enchanté.

->Le laen blanc est clair et ne peut être travaillé que dans des forges incroyablement chaudes. Comme il est très difficile à travailler (sans le faire casser), les forges les plus chaudes et des outils en eög sont requis. Le laen blanc peut être naturellement coloré; et chaque couleur à des propriétés spécifiques. Le laen blanc est le plus pur et le plus fort.

Fumé : forgé à froid. Peut être teinté ou éclairci

Blanc clair : Forgé à chaud. Variété la plus forte

Rouge : Résistance au feu

Vert : Résistance à la magie

Bleu : Résistance au froid

Argenté : Réceptif pour recevoir la magie

Mithril

Le pur mithril est malléable, ce métal blanc-argent ne se terni pas et les alliages avec d’autres métaux produisent des métaux enchantés uniques. Beaucoup de Nains placent le mithril au dessus de tous les autres métaux. Sa vraie valeur augmente non pas pur mais en alliage avec d’autres métaux rares.

Rularon

Métal lourd et argenté, le rularon a la capacité d’inhiber les sorts d’illusion et, dans une moindre mesure, d’altération. Un casque complètement plaqué de ce métal peut protéger son porteur des attaques mentales, mais cela l’empêche aussi de lancer des sorts de mentalisme. Il est très doux et malléable et ne requiert pas d’équipement spécial pour le forger.

Shaalk

Extrêmement légère et flexible, mais avec une parfaite élasticité, la shaalk a un vaste champ d’applications. N’étant ni un vrai métal ni un verre, la shaalk est utilisée pour fabriquer de puissants arcs, mais ses qualités la rendent inutilisable pour d’autres applications. Elle est issue des carapaces des insectes géant peuplant Elenardh… eh oui, nous en avons peu comparé à Arda, mais ils sont pour le moins… imposants. Son prix est donc lié à la difficulté de sa récolte : peu d’aventurier osent défier les terrifiants Maîtres Insectes…

Elle est beaucoup plus puissante que la chitine simple des insectes de taille raisonnable, telles les guêpes géantes…

Ulgond

C’est une pierre liquide qu’on peut verser dans des moules de bois ou de pierre ; l’ulgond durci en quelques jours et devient une substance plus dur que le roc naturel. Seuls les alchimistes elfes les plus qualifiés travaillent avec l’ulgond.

Alliages majeurs

Alliage blanc

Alliage non magique de fer, carbone et titane, il possède une coloration blanche et peut être travaillé dans une forge normale.

Alliage noir

Alliage non magique de fer et métaux météoriques, il possède une coloration gris à noir et peut être travaillé dans une forge possédant un équipement normal.

Fer enchanté

Cet acier raffiné et travaillé magiquement est communément utilisé pour les armes et armures.

Acier enchanté

Cet alliage d’acier et de carbone est travaillé magiquement pour lui donner résistance et force. Très commun, il entre dans la fabrication de la plupart des armures moyennes.

Eög

L’eög est parmi les métaux les plus rares. C’est un alliage de mithril et d’autres matériaux inconnus, développé par les forgerons elfes dans les âges passés. L’eög requiert une forge à la fois chaude et froide d’une puissance non naturelle qui nécessite une fournaise magique. L’alliage final est incroyablement dur et résistant. Des variétés rouge et blanche existent, mais il peut aussi être noir, bleu ou gris.

Galvorn

Il est extrêmement rare, le galvorn est hautement malléable et résistant aux coups perforants et tranchants : le matériau ultime pour une armure. Quand il est forgé avec des éléments spécifiques, il devient la substance la plus dure connue. Il est hélas extrêmement lourd. Le galvorn est forgé en partie d’acier météorique (et donc mêlé d’iridium, de hafnium et autres métaux rares… est-ce là le secret ?) et d’autres composants connus seulement de certaines guildes de forgerons. Des forges extrêmement chaudes et des instruments de forge résistants sont nécessaires pour travailler ce métal.

Ithildin

L’étoile-lune est un métal elfique doux et argenté développé par les forgerons à partir de mithril et d’autres éléments. Il est utilisé de manière décorative en incrustation. Les artisans créent des inscriptions secrètes avec de fins fils d’ithildin. Le métal apparaît terne le jour, souvent invisible sur un autre métal. Sous le Lune et les étoiles, il regagne sa brillance argentée et luit avec une blanche luminosité. L’ithildin est aussi utilisé en poudre, mêlé à de l’encre dans des porte-plumes en argent pour écrire des messages secrets et des runes sur papier ou parchemin.

Ithilnaur

Le lune-feu est l’alliage favori des Elfes fabriqué à partir de mithril, titane et autres métaux combinés à très haute température. Une fois coulé en lingot, il est martelé en une forme allongée pour compresser la structure qui est en treillis, plié et encore martelé. Pour les armes le pliage est répété une douzaine de fois, créant une lame extrêmement forte. Il ressemble à du très bel argent pur. C’est une substance fabuleusement résistante et très dure qui garde un tranchant affilé, et reste pourtant flexible; parfaite pour les armes et armures.

Keron

Cet alliage noir et luisant est fort, flexible et garde longtemps un tranchant aiguisé. Quand il est poli, il apparaît humide ou huileux. Utilisé dans l’armement, il ne se corrode pas.

Kregora

Cet alliage de mithril, or, uranium et autres substances est incommensurablement rare ; il est extrêmement ductile et malléable. Il est inutilisable en armement mais c’est le plus puissant matériau anti-magique. Beaucoup d’objets magiques puissants sont rendus dormants quand ils sont entourés par un réseau ou un filet de kregora. Les qualités anti-magiques du kregora sont efficaces pour tous les domaines de magie. Il peut réduire à néant nombre d’attaques magiques, et voler l’Essence magique d’un mage. Un équipement et une forge non magiques et hautement spécialisés sont requis pour travailler le kregora. Heureusement pour les adeptes des arts magiques, le kregora est rare par sa composition et son prix.

Mithglin

Ce métal est un alliage de mithril, platine, titane et autres substances. Il est prisé pour sa nuance brillante. Difficile à travailler, le mithglin requiert de hautes températures et un travail difficile pour le forger proprement. Il fait des bijoux et des armes durables. Il est parfois combiné avec de l’or pour le rendre plus malléable.

Acier stellaire

Un alliage utilisant certaines proportions bien précises de nombreux métaux rares (iridium, hafnium…) tirés de certaines comètes (comète = menelharn), l’acier stellaire (ou angil, de ang-gîl) est extrêmement fort une fois forgé. Sa surface a une apparence gris-noir et est très lourd. Il est naturellement anti-magique. On croit qu’il a d’autres pouvoirs mais ils ne sont connus que de rares alchimistes.

Lothenon *Pethdan*

Notes – Du maniement des marteaux de guerre

 

 

Du maniement des marteaux de guerre

-

Le terme « marteau de guerre » désigne non seulement les marteaux proprement dit, mais également les masses de pleine forge (d’un seul tenant), et les fléaux d’armes en tous genre… à ne pas confondre avec les massues et matraques, qui sont certes un autre type d’armes contondantes, mais dont l’usage est différent. Ici sera abordé l’emploi correct des masses et marteaux, dont la frappe est effectuée circulairement et non en coup asséné direct comme pour les massues.

Les guerriers commettent souvent l’erreur de penser que l’utilisation de marteaux de guerre ne nécessite aucune technique. Ils supposent que l’épée exige de l’habileté et que la masse demande uniquement de la force et de l’endurance. En qualité d’instructeur confirmé dans la technique des masses, je peux vous affirmer qu’ils ont tort.

Brandir une masse à bon escient demande de la force exprimée à un moment précis. Lorsqu’on a commencé à la faire tournoyer, la ralentir ou l’arrêter est une chose difficile. Le combattant ne doit pas seulement frapper, mais reculer. Frappez votre coup quand l’adversaire se penche en avant, en déséquilibre. Il est parfaitement prévisible qu’il se rejettera en arrière, il faut donc viser un point derrière la tête. Au moment où la masse touche ce point, la tête sera sur la trajectoire.

La masse devrait être toujours prête, tenue à hauteur d’épaule. L’élan ne devrait pas dépasser en hauteur l’épaule de plus de la largeur d’une main. En la brandissant, dirigez le mouvement avec le coude. Quand le coude dépasse la hauteur de votre clavicule, détendez l’avant-bras comme un fouet. L’impulsion supplémentaire donnera plus de vitesse et de puissance à la masse qui fera bien plus de dégâts.

Au moment de l’impact, relâchez le poignet. En gardant le poignet raide, vous verrez la masse rebondir et risquer de vous blesser. Laissez le recul du coup remettre la masse dans la bonne position, préparant ainsi le coup suivant qui sera encore plus rapide… et donc plus meurtrier.

Angamacor Thórod « Hîr-i-Dhaim »

 

[Guerrier de Fer, Torrent "Maître des Marteaux"

De: ang "fer" ; macor "guerrier" ; thórod "torrent" ; hîr "maître, seigneur" ; i "des" (dans ce cas précis) ; dam "marteau", plur daim, avec lénition dhaim]

 

Lothenon *Pethdan*

Protégé : Textes – Les Deux Étoiles du Sud [II,3]

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Protégé : Textes – De l’art de négocier

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Protégé : Textes – Derniers mots d’Amarthan [II,4]

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Protégé : Textes – Cultes, religions et foi dans l’Empire des Étoiles [II, 3]

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Personnages majeurs – Thaurgoth l’Ennemi de Toute Vie

 

 

Thaurgoth

 

Le plus grand des Titans qui s’éveillèrent aux origines de l’Univers. C’est l’Ainu qui reçut d’Eru Ilúvatar les plus grands pouvoirs… À la demande de l’Unique qui trône au-dessus de tous les trônes, il commença avec d’autres Ainur qui le suivirent sa tâche qui consistait à agencer et ordonner Eä, le vaste Univers… Mais, à force de combattre les forces démoniaques qui s’opposaient à lui et aux autres membres du Panthéon, il perdit la raison en même temps que sa foi en sa mission… La notion même d’ordre n’existait même plus dans son esprit lorsqu’il libéra les êtres démoniaques tels les Eretari et les Naztherim de leur prison… En ouvrant les libérant de la cellule de vide qui avait été créée au cœur d’Eä pour les empêcher de nuire, Thaurgoth scella le destin de l’Univers tout entier…

Rusés, les démons, dont les deux principales races sont les Eretari, de puissants warlocks (mages démons) aux pouvoirs ravageurs, et les Naztherim, êtres sournois visibles sous forme d’Ombres, s’inclinèrent devant la fureur du Titan et promirent de le servir loyalement en tout… Ce qu’ils firent avec joie, puisque la mission que Thaurgoth leur assigna fut de détruire toute forme de vie, tout monde et toute planète jusqu’aux confins d’Eä… Ainsi, Thaurgoth ordonna à ses nouveaux serviteurs d’asservir chaque race peuplant chaque monde,… et de détruire ceux qui ne se laisseraient pas métamorphoser en démons de leur plein gré…

Thaurgoth fut satisfait de voir petit à petit réalisé son souhait de détruire tout ce qui sera fait par ses frères Ainur.

Il décida de nommer son armée de démons sans cesse plus nombreux les Légions du Chaos. Assoiffé de magie, il lança des raids sans cesse plus violents dans tous les coins d’Eä pour réduire au néant des millions d’années de travail des Ainur… Des milliards de mondes furent ainsi ravagés, leurs habitants réduits à l’état d’ombres serviles et corrompues pour le seul plaisir de Thaurgoth… Mais ce que le Titan Noir convoitait par-dessus tout, c’était la puissance magique… Ses armées ténébreuses rapportaient de chaque pillage leur lot de faëra, ou mána, arrachée aux entrailles de chaque monde… mondes devenus déserts, ayant perdu l’essence même de la Création, ce souffle qui insuffle la vie sur chaque planète choisie par le Panthéon pour abriter la vie…

Lothenon *Pethdan*

Poèmes – Laer an Annúminas “Ode à la Cité de l’Ouest”

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Laer an Annúminas…

Im? Dorthon min Annúminas…

A Annúminas, Minas en Annún…

Min Forodwaith ar Mithlynd, ránon mi Rhovanwaith an berio i Dúnedain…

Ar buio i innas i cherui i Nyr Alfirin…

…Maethon dan i Dhúath…

Annúminas… i anglaureb in yst in Aearrim…

Annúminas… i garas adanen, edhellen… caras peredhellen…

Annúminas… i garas ias meneg lam peden…

Annúminas… i lûth en i gant gîn mi i chîth meilu minuialen…

Annúminas… i veraid tynd gîn sílol mi ‘laur aduialen…

Annúminas… i aglar in maethor cand gîn…

Annúminas… i malthin i vegyr gîn sílol mi galad e’ndagor…

Annúminas… Annúminas i veleg… Annúminas i glaureb…

***

Ode à Annúminas…

Moi? J’habite dans la Cité d’Annúminas…

Ô Annúminas, Cité de l’Ouest

Entre les Terres du Nord et les Ports Gris, j’erre dans les Terres Sauvages pour protéger les Hommes de l’Ouest…

Et servir la volonté des Seigneurs des Terres Immortelles…

…Je me bats contre l’Obscurité…

Annúminas… la plus belle des Citadelles des Gens de la Mer…

Annúminas… la ville des Hommes, Elfes et Demi-Elfes…

Annúminas… la Cité où mille langues sont parlées…

Annúminas… le charme de ta silhouette dans les brumes pâles des premières lueurs du jour…

Annúminas… tes hautes tours brillant dans la lumière dorée du crépuscule…

Annúminas… la gloire de tes guerriers valeureux…

Annúminas… les casques de tes soldats qui brillent dans la lumière du combat…

Annúminas… Annúminas la Grande… Annúminas la splendide…

 

 

Lothenon *Pethdan*

Notes – L’Esprit d’Elenardh

 

 

Rapport entre les Enfants d’Ilúvatar et l’Esprit d’Elenardh

 

Tout comme Gaïa est l’Esprit d’Arda, Amarmân est l’Esprit d’Elenardh… c’estdonc le “dieu” veillant sur tous les Enfants d’Ilúvatar vivant sur cette planète, mais cela ne signifie pas que tous les mortels l’apprécient, ni même qu’ils le connaissent. Ainsi, certains Elfes le haïssent, puisqu’ils considèrent la création comme un déchirement les ayant à tout jamais séparés du royaume des esprits : Les Premiers-Nés, se réincarnant en partie dans leurs descendants, ou patientant jusqu’à la fin du Dernier Cycle dans les Cavernes des Temps, se sentent parfois prisonniers du monde, leur cruel geôlier.

 

Par contre, la plupart des humains le vénèrent, lui ou l’un de ses aspects, comme le héraut de l’existence. En effet, les Seconds, n’étant pas « du monde », ne sont pas liés à Elenardh, et espèrent rejoindre le plan divin.

La création du plan des mortels et d’Elenardh est source de nombreux tourments pour les êtres vivants. En effet, leur âme sait intrinsèquement qu’elle vient d’ailleurs et que son passage sur Elenardh n’est qu’une étape, souvent cruelle, dans son processus d’évolution.

Mais quelle est l’étape suivante ? Certains souhaitent un retour aux origines, c’est-à-dire au monde des esprits, pensant que Amarmân est le démon empêchant leur retour. Pour eux, Elenardh n’est qu’une prison, une illusion à laquelle il faut à tout prix échapper. Mais la plupart considèrent que Amarmân habite le cœur du monde afin de tester les mortels avant de leur accorder la transcendance. Parmi ceux-ci, certains sont persuadés que le royaume des esprits constituait leur prison et que leur passage sur Elenardh leur offre enfin la possibilité de s’enfuir.

Lothenon *Pethdan*

Notes – Mysticité des couleurs

Bazar…

Les couleurs

*Le Vert : La couleur préférée des Elfes, celle de leurs forêts natales. Les écailles des Dragons d’Ysera, Les rayons du Soleil à travers les feuilles des jeunes arbres au printemps. Les pelouses de Lothlórien. L’éclat de l’émeraude au creux des mains des Noldor.

*Le bleu : Le ciel les jours d’été. La mer, les jours sans vent. Les écailles des fils de Malygos. L’éclat du Saphir sur les vêtements des Teleri.

*Le rouge : Les flammes d’Orod Amarth. Les rubis sur les couronnes des rois de Númenor.

*Le noir : La nuit profonde, sans étoiles et sans lune. Le cœur des bois profonds des âges anciens. Les cheveux des hommes de Sarnor.

*Le gris/L’argent : Le ciel au crépuscule. L’aube claire et la brume matinale dans le doux vent de l’aurore. Les reflets du Lune sur la lame de Fanórdil. Les capes des Sindar.

*Le jaune/L’or : Les armures des légionnaires. L’or des profondes demeures des Nains. Les cheveux flottants des Vanyar, seigneurs des Elfes.

Protégé : Notes – L’Énergie Magique

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Protégé : Textes – Crépuscule sur la Baie [II,3]

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Protégé : Textes – Un festin… inattendu [II,3]

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Protégé : Textes – Le Traquenard de la faim [II,3]

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Délire théâtral – Zorg : Fanórdil chez Idhren [II,3]

Voici un petit délire théâtral, une histoire de plus à intégrer à la trame de mon livre ! :mrgreen:

 

Tome II La Chute de l’Obscurité, Livre 3 Aube d’un Rêve

[Fanórdil entre dans la cuisine du magicien, qui le précède…]

Fanórdil, perplexe :
- Idhren ?

Idhren, rêveur :
-Moui ?

Fanórdil :
- Mmh… je vous signale juste que cette horrible créature est sur le point d’ingurgiter votre chat…

Idhren, revenant sur terre :
- Ralala, Zorg ! Veux-tu bien lâcher ce chat ? Pour la centième fois, ça ne se mange pas, voyons ! Tu comprends ?

Zorg, visiblement déçu :
- Daghbu, oshanat-abân… kulum ?

Idhren, mécontent :
- Oui, tu auras à manger, Zorg… tout à l’heure !

Zorg, ronchon :
- Khorama

Idhren, irrité :
- Pas besoin de marmonner, Zorg, TOUT À L’HEURE !

Idhren :
- Dis bonjour, Zorg !

Zorg, penaud :
- Ulumma

Idhren, à Fanórdil :
- Fanórdil, je vous présente Zorg, un Mangeur Mou des Collines que j’ai recueilli orphelin… Je l’ai élevé, et désormais il me sert d’assistant pour fabriquer mes potions… pas très futé, mais… gentil… et serviable, avec ça !

À Zorg, las :
- Arrête de jouer avec ce chat, Zorg ! Tu vas finir par le traumatiser ! [vers le chat :] Viens ici, minou…

Fanórdil, d’un œil scrutateur :
- Étrange, je n’avais jamais vu de pareille bête auparavant… Ça n’existe pas sur Arda…

Idhren, étonné :
- Comment ? Vous n’avez pas de chat, sur votre planète ?

Fanórdil :
- À vrai dire, je […]

Idhren, poursuivant :
- Mais vous avez raison, c’est possible… la faune et la flore de nos deux mondes, Arda et Elenardh, ont commencé à évoluer différemment à partir du quatorzième Âge des Étoiles, si je ne me trompe pas… or les mammifères… attendez que je me souvienne…

Fanórdil, tentant quelques mots :
- Mais […]

Idhren, absorbé :
- Oui, vous avez raison… si l’on convertit en années du Comput Solaire, cela donne approximativement… [marmonne] oui, le Troisième Cycle… la Bataille des Anciens… la Fracture du Monde… non non non… mmmh… ce qui donne, en années terrestres… ah, quoique… [conclut, enfin :] écoutez, allons aux Archives du Roi, je dois vérifier quelque chose… [se dirige vers le seuil :] c’est dans le Cinquième Cercle de la Cité ! en route ! Nous verrons bien si ce problème […]

Fanórdil, gêné :
- Idhren !…

Idhren, s’arrête :
- Oui, qu’y a-t-il, Fils de la Lune ?

Fanórdil, hésitant :
- Eh bien… sans vouloir vous vexer…euh…

Idhren :
-Parlez, mon ami !

Fanórdil :
- Je parlais de Zorg, Idhren… pas du chat…

Lothenon *Pethdan*

pix : un croquis repassé au feutre, ça change du crayon, mais ça fait bien je trouve :)

Speed – Les Retrouvailles

Un petit speed au crayon : Les Retrouvailles, qui illustrent le Retour à la Cité de Fanórdil dans le tome II, Livre 4 de mon bouquin

C’est donc Silmarien qui surgit sur Fanórdil à son retour (armure et cape sont peu visibles sur ce mauvais scannage, désolé ! Sad )

Dessins – Hûnbrassen, Maeth-Hiril i Seregwaith

Voici une autre illustration à la craie grasse, faite chez moi cette fois-ci (et plus en cours d’ECJS) : Il s’agit de Hûnbrassen, Maeth-Hiril i Seregwaith… en français : “Coeur Chauffé à Blanc, Souveraine de Guerre du Peuple de Sang” [j'ai noté sur le dessin "Coeur enragé" parce que ça faisait mieux, ça aurait été ridicule en français sinon...]

Dessins – Helegnir, l’Épée des Ténèbres

Pour continuer dans la série des “méchants”, voici l’épée de Ner’Zul le Seigneur des Humains Renégats dans mon livre, directement inspirée de Frostmourne, la lame maléfique d’un certain “Arthas”… ceux qui connaissent Warcraft devraient reconnaître Very Happy

…Autour de l’épée se trouve une multitude de mots inscrits en Tengwar Sindarin
pour commencer, le titre, en haut ; Helegnir “Pleurs Gelés” [de heleg "gelé", aussi helka "glace" et nir "larme, pleur, deuil"]
et la suite du titre, qui est également soulignée : Frostmourne (son nom anglais) puis i Vagol i Dhaedeloth “la Lame de l’Ombre de la Peur” [magol "épée" et Daedeloth "Ombre de Terreur", de dae "ombre" et deloth "terreur, peur avec un certain dégoût, répugnance terrifiée"]

…tout autour, un grand nombre de mots en rapport avec cette terreur de folie que provoque ne serait-ce que l’évocation de cette épée maléfique, emplissent le reste de la feuille :p :
[de haut en bas et de gauche à droite]

Colonne de gauche :

morn = “sombre”
goe = “terreur”
fern = “mort”
achas = “peur”
= “obscurité, nuit”
naeg = “douleur, souffrance”
dae = “ombre”
gûr = “mort”
gwannath = “mort, disparition”
fuin = “nuit, ténèbre, obscurité”
gorgor = “terreur, dégoût suprême”
girith = “peur frissonnante”
lith = “cendre”
daw = “nuit opaque, obscurité”
et tout en bas au milieu : helch “gel”

Colonne de droite :
gurth = “mort, disparition”
heleg = “gel”
môr = “nuit”
del = “terreur, dégoût, peur”
dúath = “obscurité, ombre, nuit”
guruth = “mort”
[là il y a le titre ^^]
maur = “obscurité”
gwath = “ombre, crépuscule… mais peu aussi signifier “tache”…

gwanu = “mort”

…et voilà pour un bon cours de Sindarin ^^…
… non mais sérieusement, tout ce que je voulais vous montrer absolument, c’est la richesse de cette langue qui donne tant de nuaces, de subtilités, de visions différentes, d’appréciations multiples d’un même mot, d’une même idée… chose que nous n’avons pas dans nos langues usuelle, si terriblement pauvres et discordantes… L’on est enchanté dès que l’on commence à entrevoir la beauté de ces phrases douces, dans lesquelles chaque mot a été choisi, tant pour sa signification que pour sa symbolique…

Protégé : Dessins – Balch, i’uldan faeg

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Dessins – Gaellîr, Egleriell Ithil

Voilà un autre perso de mon livre, Gaellîr, Egleriell Ithil… c’est-à-dire “Chanson de Luisance Blanche, Prêtresse du Lune”, comme il est mentionné sur le côté verticalement… en tengwar sindarins non cursifs, pour ceux que cela intéresse ^^…

Elle porte par ailleurs la marque des Enfants du Lune, ce petit tatouage sur l’épaule, composé des deux tengwar Thule et Lembe, les deux consonnes du mot Ithil “Lune”… en effet, les mots sont différenciés d’abord par les consonnes porteuses, les tehtar (accents-voyelles) étant “facultatifs” pour la symbolique spirituelle du mot…

de gael “lueur blanche”, lîr “chanson, prière, ode”, egleria- “prier”, -iell “fille”, Ithil “Lune”, de la racine síl- “briller”

Protégé : Dessins – Alagiell : cen narathon…

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Protégé : Dessins – Gwirith de la Cité Verte

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Croquis – L’Épée des Légions

Et voilà l’Épée des Légions… distribuée dans le lot d’armes de tout légionnaire de l’Armée des Peuples Libres des Terres de l’Ouest… dans mon livre :)

 

un vague croquis, mais qui aide pour les dessins suivants :)

Dessins – L’Arc Béni des Elfes Verts d’Ossiriand

Voici l’Arc Béni des Elfes Verts d’Ossiriand, une race d’habiles archers ;) … En très petit, puisque le croquis original mesure 77cm de long ^^

Protégé : Dessins – Alagiell : cen ú-bedin

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Protégé : Dessins – Alagiell túreb

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Protégé : Dessins – Míriel i Elleth

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Textes – L’Appel aux Armes [II,5]

L’appel aux armes

II, 5

 

 

 

 

 

 

« – Voyez, mes frères ! Ces terres désormais flétries n’abritent plus une once de vie ; toute beauté et toute magie en ont été retirées par l’Ombre qui s’étend à présent sur ces plaines désolées…

Cette Ombre qui grandit à nouveau à l’Est, et dont le seul but est de saccager ce monde déjà au bord de la ruine, cette ombre est notre ennemie à tous ! La laisserons-nous détruire l’œuvre de nos glorieux ancêtres ? La laisserons-nous ternir le souvenir de la splendeur des royaumes d’antan ? Et, mes frères, laisserons-nous cette Ombre, si puissante et dangereuse soit-elle, décider du sort de ce monde ? Non, mes amis ! Car, bien qu’elle ait déjà ravagé de nombreux cœurs, jamais elle ne pourra atteindre les nôtres… Notre ennemi se nourrit des peurs qui hantent nos pensées, et les querelles qui nous déchirent ne font qu’accroître sa puissance ! Mais devons-nous pour autant accepter le sort qui nous est apparemment destiné ?

Non ! Unissons nos forces et levons-nous ! Dressons-nous contre ces funestes armées qui depuis trop longtemps assombrissent la plénitude de ces contrées ! Abattons ces cœurs impurs, ces esprits vils et ces créatures aussi féroces que maléfiques afin de libérer les Terres du Milieu de la corruption qui fait se faner les fleurs autrefois éternelles… Croyez-moi, une pâle lueur d’espoir luit encore dans nos cœurs ! Si nous faisons confiance à nos épées et si nous montrons notre vraie valeur au combat, cette lueur percera les ténèbres qui nous entourent et parviendra à illuminer la voie de l’éternité à ceux qui seront tombés au cours de cette noble lutte…

Un ardent désir brûle dans mes veines, celui de retrouver ne serait-ce qu’une partie de la splendeur du Royaume Éternel dans ces plaines tourmentées… Pour y parvenir, nous devrons accomplir ce que nul n’a jamais osé tenter : affronter la toute-puissance du Seigneur Ténébreux en personne! Par la lame de mon épée, mes frères, j’ose jurer que tous ensemble, nous parviendrons à mettre à bas son orgueil et à restaurer la paix sur Elenardh, quitte à le payer de nos vies !

Marchons vers l’Est et combattons les esprits tourmentés qui s’opposeront à nous ! Et avec davantage d’ardeur encore, abattons ceux qui autrefois, avant la Submersion, nous ont trahi et qui, pour vivre une vie immortelle, ont choisi de rejoindre le Mal ! S’ils ont été bannis dans des temps anciens, désormais, ils doivent payer de leur âme corrompue le prix de leur trahison ! Leur repentir durera jusqu’à la fin des temps… bien que cela ne soit guère suffisant pour purifier leurs âmes des atrocités qu’ils ont commises !

Mais, dans cette marche qui permettra d’assouvir notre désir de vengeance, nous ne devons en aucun cas perdre de vue notre objectif premier : la tâche qui nous a été dévolue nous ordonne de libérer les Terres du Milieu du Mal et d’y restaurer la paix et la beauté… Ne l’oubliez pas, mes frères ! Nous sommes les fils de la Lumière et ses servants ! Nous ne pouvons ni ne devons faillir à notre mission, sinon, eh bien, les ténèbres éternelles recouvriront les terres de vos ancêtres à tout jamais…

Pour empêcher cela, nous devrons nous battre avec force et courage contre l’Ennemi ! Prenez vos épées ! Elles brilleront toujours, même si dans les ténèbres votre cœur faillit !

Et sachez que la mort nous rattrapera tôt ou tard, quoi que l’on puisse faire, car nous sommes les habitants des terres mortelles, et non des royaumes éternels de l’Ouest ! Alors autant mourir de la façon la plus noble : en combattant l’Ombre ! Combattez pour vos femmes, pour vos enfants et pour l’amour de ces terres qui depuis toujours abritent ceux de notre race ! Et si le courage ne nous manque pas face aux esclaves du mal, alors cette bataille n’aura pas été vaine, et on en entendra encore les échos dans les chants de nos enfants, quand le monde aura changé… Combattons avec honneur, et notre gloire égalera celle de nos plus vaillants ancêtres !

Dans la bataille, ou lorsque vos forces vous abandonneront et que votre esprit ira rejoindre ceux de nos anciens rois, souvenez-vous de toutes les vies qui ont pu fouler ces terres, et de toutes celles qui suivront… N’oubliez pas tous ceux que vous avez aimés, et prenez patience, car ils vous rejoindront un jour… Remémorez-vous l’éclat du Soleil et de la Lune sur les eaux endormies des lacs paisibles, la pluie sur votre visage qui efface toute souillure, le parfum des fleurs à l’aube, et le chant des oiseaux au crépuscule… Et sachez que si votre ardeur au combat a révélé en vous un peu des seigneurs d’antan, vous irez les rejoindre dans les landes toujours vertes du Royaume Immortel.

 

Alors seulement vous verrez l’elanor et le niphredil qui ne fleurissent que sur les terres vierges de toute souillure. Leur parfum accompagnera vos pas vers un horizon éclatant de lumière. Au bout du chemin vous les verrez…les landes infinies du Royaume éternel, plus belles encore que les clairières de la Lórien…

 

Vous ne devez pas craindre la mort, mais l’apprivoiser, l’accepter : elle n’est qu’un passage, une libération… même si vous quittez pour un temps ceux qui vous sont chers…

Alors, partons, mes amis ! Quittons nos demeures et espérons les revoir un jour proche, quand l’Ombre aura été vaincue.. .Accomplissons notre devoir et allons à l’encontre de notre destin ! Il nous révèlera si notre combat aura été vain ou non…

 

Lothenon *Pethdan*

Protégé : Textes – Le Miroir [II,4]

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Textes – Combat dans la Nuit [II,4]

Combat dans la nuit

 

II, 4

 

Son épée luisait sous le pâle éclat de la lune et des étoiles mêlées. Soudain, à la faveur d’une trouée dans les nuages, la lune jeta un de ses minces rayons sur la lame. De fines lignes apparurent alors, presque indiscernables au départ, mais dont l’éclat augmentait tandis que la blanche Ithil montait toujours plus haut dans le ciel dénudé. Des runes elfiques de puissance et de force, ainsi que de sagesse et de pureté se dessinèrent sur le plat de l’épée, qui éclairait maintenant le visage de Fanórdil de la même lumière que les étoiles illuminaient les cimes des arbres en cette nuit sans nuages.

 

Ayant terminé sa halte, le jeune aventurier se leva, saisit son bouclier et pris son fardeau sur ses épaules. Les galettes de lembas, le pain de voyage des elfes et la liqueur sacrée lui avaient rendu toute son énergie, le poussant plus que jamais à hâter le pas. Plus tôt il rentrerait à la Cité Verte, plus tôt la Reine saurait ce qui se tramait dans les régions hostiles de l’Est.

 

Son pas était désormais rapide et léger, et ses pieds semblaient à peine effleurer les herbes. Après avoir traversé de nombreuses clairières, Fanórdil rencontra enfin les derniers arbres qui marquaient l’orée de la forêt. Enfin il en sortit et vit les collines herbeuses dans les rayons obliques de l’Astre de la Nuit. Il en fut heureux, car il savait qu’il n’était plus à très grande distance de son foyer ; quelques heures de marche, une journée tout au plus, et il serait de retour… Mais quel retour, hélas ! S’il revenait plus tôt qu’il ne le devait et s’il devait à nouveau contempler les vastes plaines et les hautes cimes de son pays, c’était pour annoncer une bien funeste nouvelle : le retour des Orques dans les Monts Brumeux, à l’Est, dont il avait tué plusieurs éclaireurs la veille, comme à son habitude depuis bien des jours…

 

A nouveau il s’arrêta et interrompit sa réflexion. Au pied de la colline sur laquelle il se trouvait, à un furlong tout au plus, se trouvait un petit campement réunit autour d’un feu rougeoyant, tout contre un petit bosquet de bouleaux. D’abord le jeune homme fut heureux, car il pensait avoir retrouvé quelques-uns de ses amis de la Légion ou tout au moins des voyageurs qui pourraient le renseigner et lui apprendre les nouvelles de la Cité. Mais il n’en était pas ainsi. À peine eût-il fait quelques pas que Fanórdil se rendit compte de son erreur : ce n’étaient pas des Hommes, mais des Orques qui avaient établi leur camp ici pour la nuit. Ainsi ces viles créatures avaient été plus rapides que lui ! Mais Fanórdil reconnu les hautes silhouettes de ceux de ces êtres qui habitent les régions bien au Sud de cette contrée. Les événements prenaient une tournure autrement plus grave : Non seulement les monstres de Ner’zul lançaient des raids depuis l’Est et poussaient jusque dans les Chithaeglir, les Montagnes de Brume, mais ils envahissaient aussi secrètement les abords du pays par les collines du Sud !

 

Une seconde seulement fût nécessaire à Fanórdil pour savoir ce qu’il avait à faire : massacrer cette petite troupe afin qu’elle ne puisse pas repartir et faire leur rapport auprès des sbires du Seigneur Ténébreux. Cela était peut-être inconsidéré, mais mieux valait prendre le risque d’être blessé ou pis par ces hideuses créatures que de les laisser revenir en plus grand nombre pour assiéger la Cité…

 

Fanórdil dégaina son épée. En sortant de son fourreau, la lame luisit à nouveau. La force de la Lune était en elle, et Fanórdil la contempla un instant. Jusqu’à présent, son long corps forgé de mithril et son fil acéré lui avaient valu nombre de glorieuses victoires. Elle était légère malgré sa longueur mais cependant elle pouvait trancher les armures les plus solides, et confiait à son détenteur la valeur au combat et la force de résister à l’Ombre.

 

Il fallait maintenant au jeune guerrier agir avec célérité. Les exterminer tous le plus rapidement possible, et alerter les gardes de la Cité avant que la prochaine nuit ne tombe. Peu importait la fatigue tant qu’il parvenait assez tôt chez la Reine pour dépêcher une cohorte afin de stopper l’avancée de l’Ennemi. Déjà on voyait dans le lointain les premières lueurs de l’aube, et le Soleil ne tarderait pas à prendre le pas sur la Lune, qui sombrait vers l’Ouest.

 

Fanórdil vérifia que seul un garde surveillait le campement. Ses yeux perçants dans l’obscurité le lui confirmèrent. Aussitôt, Fanórdil dévala la pente enherbée et ne tarda pas à être à portée de voix du campement. Dès lors, le jeune homme ralentit puis écouta tandis qu’il progressait à pas furtifs. Ses oreilles ne perçurent aucune voix. Tout était silencieux, hormis le léger souffle du vent nocturne et le bruit de sa respiration. Aussi, notre héros reprit son chemin et s’approcha de la lisière du bosquet. Ainsi abrité, il ne pourrait être vu du garde, qui s’approcha du feu mourant.

 

Fanórdil rengaina alors son épée et prit son arc, petit certes, mais de bonne facture. N’étant qu’à petite distance du garde, Fanórdil saisit une flèche dans son carquois. Sa pointe de fer et son bois de frêne empenné de vert n’allaient pas tarder à transpercer la chair puante de cette créature répugnante… En effet, jugeant que l’Orque était placé à une distance raisonnable de lui, Fanórdil banda son arc et aussitôt la flèche était partie, sans aucun bruit et sans briser le calme profond qui précède l’aube. Et le garde fit de même. Touché en pleine poitrine, il s’écroula sans un râle, sans même un cri. Ceci étant fait, Fanórdil tira son épée et s’approcha avec davantage d’assurance. En parvenant à côté du corps encore chaud du garde, il observa plus attentivement cette créature. Ses armes grossières baignées dans le sang noir et son teint basané ne laissaient aucun doute sur son origine : il était bel et bien venu des lointaines terres arides du Sud-est. Il était maintenant temps de s’occuper de ses compagnons…

 

Le reste de la troupe dormait sur des lits d’herbes sèches à même le sol à petite distance, autour des braises, presque éteintes maintenant. Il lui serait facile de tous les tuer avant que le Soleil ne se lève, mais pour ce faire il devait se hâter. Fanórdil s’avança sans bruit des corps assoupis. Il vit les faces brunes des Orques qui grimaçaient tandis qu’ils grognaient affreusement. Il parvint à trancher la gorge de deux de ces créatures qui moururent dans le silence. La lune jetait ses derniers rayons sur Fanórdil alors qu’il se penchait sur un troisième qui manqua de réveiller ses compagnons tant ses derniers soubresauts étaient violents. Lorsque le jeune guerrier se releva, les mains emplies du sang noirâtre et fumant de ses ennemis, il vit que sa lame elfique ne brillait plus. La lumière grisâtre de l’aube emplissait les landes vertes et le Soleil pointait déjà à l’Est.

 

Soudain, Fanórdil se retourna violemment et ce qu’il vit l’emplit de terreur. Un Orque immense accourait en hurlant, et, lâchant le bois qu’il était probablement allé ramasser dans la forêt pour raviver le feu, il dégaina son long cimeterre courbe et appela à l’aide ses compagnons qui ne tardèrent pas à bondir, ahuris devant les cadavres encore frais de leurs congénères. Puis, voyant le jeune guerrier de la Cité Verte, debout, sa longue épée dans une main, son grand bouclier dans l’autre, ils comprirent ce qui s’était passé dans l’obscurité.

 

Désirant peu se faire encercler, Fanórdil bondit en direction du grand Orque, qui vociférait toujours dans son hideux langage. Comme prit d’une soudaine fureur, Fanórdil sentit son sang ardent couler dans ses veines et sa haine du Mal prendre possession de sa volonté. Il s’entendit s’écrier d’une voix claire : « Aiya Fëanardil ! Gosto i ‘ruith i Pheriain ! Salue Fanórdil ! Crains la colère des Demi-Hommes ! » Et Fanórdil, du haut de la butte sur laquelle il se trouvait, jaillit et abattit son épée elfique sur le casque de l’Orque, lequel se fendit sans opposer la moindre résistance à la fureur du coup porté par le jeune homme. Le corps de son ennemi s’étala de tout son long sur l’herbe jeune et son sang impur vint souiller le sol béni de ce lieu.

 

Fanórdil se retourna alors, et heureusement les autres Orques étaient trop étonnés de voir une telle ardeur chez un Semi-Homme, c’est pourquoi ils ne le rattrapèrent pas tout de suite. Rassemblant son courage, Fanórdil s’élança à leur rencontre, ce qui stupéfia encore davantage ses adversaires, plus nombreux et plus grands de plusieurs pieds.

 

Arrivant à la hauteur de ceux-ci, il lança d’une voix audacieuse : « Lacho calad ! Drego morn ! Lumière embrase ! Fuyez ténèbres !». Ses ennemis, qui lui faisaient face, ralentirent, comme pris d’une crainte soudaine devant un adversaire si déterminé et dont le courage ne vacillait point. Alors Fanórdil, une flamme dans le cœur et un éclair dans les yeux, sortit son grand cor. Son appel clair retentit dans toute la vallée et sa note pure se réverbéra sur les hauteurs avoisinantes. Puis ce fut le silence. Les Orques, terrifiés, avaient stoppé leur course. A quelques pas seulement de Fanórdil, ils observaient avec crainte les premières lueurs du jour. Ces bêtes immondes ne savaient que faire. Elles craignaient à présent autant l’épée luisante de Fanórdil que les féroces rayons du Soleil. Plus rapide que jamais et bien décidé à ne point faillir, le jeune homme éleva sa lame, qui brillait désormais non plus d’argent, mais qui illuminait le guerrier d’une lumière d’or. Le retour de l’astre ardent lui donnait plus de vigueur encore.

 

S’élançant contre la masse réunie des Orques, Fanórdil en abattit trois sans même qu’ils ne s’en aperçoivent. Deux parmi les plus grands de ses ennemis s’avancèrent tout de même contre lui, voulant lui barrer le chemin, en vain. La lame magique tourbillonna dans les airs et ne sembla n’être plus q’un lointain reflet du Soleil, et pourtant cette lumière virevoltante apporta la panique dans les rangs des Orques. En effet, maniée par la main agile du guerrier, elle trancha en un éclair la main d’un premier ennemi, avant de percer sa cotte et qu’il ne s’effondre irrémédiablement. Le deuxième, sans doute le chef de l’expédition, saisit sa hache et porta un violent coup à l’épaule de Fanórdil. Bien heureusement, l’arme ricocha sur l’acier de son armure et dévia le coup, qui ne causa pas grand mal mais qui jeta à terre Fanórdil avec force. Rassemblant ses esprits, le Semi-Homme parvint de justesse à trancher la jambe du chef Orque avant qu’il n’arrive à sa hauteur. Fanórdil se redressa avec hâte et fit en sorte que son adversaire ne se relève plus jamais…

 

Un autre surgit de derrière, qui s’était probablement réfugié dans le bois à l’approche du jeune combattant. Son long cimeterre manqua par deux fois de briser la nuque à Fanórdil, qui esquiva avec adresse les coups féroces de l’ennemi. Maintes fois il remercia son bouclier qui réussissait à arrêter la lame courbe et acérée. Enfin la pointe effilée de son épée perça le ventre de l’Orque, qui n’abandonna point pour autant la lutte. Il asséna encore à Fanórdil quelques coups qui étaient rendus puissants par l’agonie de la sombre créature. Mais, davantage encore, ce furent les hurlements de l’Orque qui terrifièrent un instant le Demi-Homme. Enfin, à bout de forces, l’Orque tomba à genoux et mourut dans un râle empli d’une haine sans fond.

 

Cela redonna force et confiance à Fanórdil, qui se retourna pour savoir ce qu’il en était du reste de la troupe. Et il ne tarda pas à le savoir, puisqu’une lance rouillée et grossière, de façon orque, effleura le casque de Fanórdil et vint se ficher profondément dans l’écorce d’un bouleau juste derrière lui. Un Orque de haute stature, sans doute celui qui avait jeté cette lance, courait vers Fanórdil, une dague à la main et un petit bouclier rouillé accroché à son autre poignet. Il était suivit de près par tous ses compagnons, qui étaient probablement allés chercher leur armement. Ceux-là seraient autrement plus difficiles à vaincre ! Et lui qui comptait les tuer sans bruit …il allait être servi !

 

Puisqu’il n’avait plus le temps de charger son arc, il serra fortement son épée et se jeta dans la mêlée. L’Orque de tête remarqua à peine le coup qui le stoppa, décapité. Deux de ses suivants tombèrent de même, la tête tranchée net. Dans sa fureur, Fanórdil en abattit encore une douzaine avant de s’arrêter, faute d’ennemis à combattre.

 

Pivotant sur lui-même, il aperçu trois silhouettes qui fuyaient son courroux. Il lui fallait les mettre à terre également, sans quoi ils s’échapperaient et lanceraient une offensive de grande envergure contre les murs de la Cité, à moins d’une journée de marche. Fanórdil avait reçu peu de blessures, mais cependant, le coup qu’il avait encaissé à l’épaule et qui l’avait presque assommé le faisait souffrir. Mais, ignorant sa douleur, Fanórdil rengaina son épée. Mais le combat n’en était pas pour autant terminé… Il saisit son arc et tira un premier trait qui manqua de peu sa cible, se fichant dans le sol à quelque distance des pieds d’un des Orques fuyards. La malchance ou sa douleur, ou le concours des deux lui firent rater une deuxième fois l’Orque en question. Rendu fou de rage et de crainte que l’Ennemi soit prévenu, Fanórdil décocha à la suite trois flèches qui sifflèrent telles le cri de la buse au crépuscule, avant de s’abattre chacune sur l’une des créatures courant le dos courbé. Comme il l’avait voulu, ses trois proies trébuchèrent et s’étalèrent, corps impurs dans la beauté de l’immense prairie.

 

Fanórdil soupira. Il avait accompli sa mission. Il ne restait nulle trace de vie sur la colline, hormis lui-même, silhouette brillante dans la lumière du jour. L’aube s’était levée, et le Soleil recommençait son périple, comme tous les jours depuis le commencement des temps… Il retira son casque, et ses longs cheveux bruns s’étalèrent sur ses épaules. Ses mailles brillaient du même éclat que le Soleil ; sa cape grise et sa tunique verte bruissaient avec légèreté dans la douce brise matinale, de sorte qu’il semblait se confondre avec l’immensité de la plaine elle-même.

 

Enfin le vent frais amena de vastes nuages gris de l’Est. Ils grondèrent de concert, avant de relâcher une douce et chaude pluie sur les étendues herbeuses et les bois environnants. Fanórdil écouta le cliquetis de l’eau sur son armure, et la laissa laver sa lame du sang ténébreux des Orques. Puis, il contempla la pluie bienfaitrice retirer toute souillure du haut de la colline où il se trouvait.

 

A nouveau le calme revint, et les rayons du Soleil également, comme pour rappeler à Fanórdil sa quête. Revigoré par la chaleur de la lumière d’or, il reprit son chemin en direction de l’Ouest tout proche, ne pouvant pas s’attarder davantage en ces lieux…

Lothenon *Pethdan*

pix: un dessin de mai, aussi : ^^

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Poèmes – Aníron

 

O môr henion i dhû :
Ely siriar, êl síla.
Ai! Aníron oltho o Hilmarien Linnathell…

Tiro! Êl eria e môr.
I ‘lîr en êl luitha ‘úren.
Ai! Aníron oltho…

A Silmarien, Fëanárdil i Tinúlach aníra linno : « Ce melin » !

Des ténèbres je comprends la Nuit :

Les rêves s’écoulent, l’Étoile brille.

Ah ! je désire rêver de Silmarien Linnathell…

Vois ! Une étoile s’élève au-dessus des ténèbres.

La chanson de l’étoile résonne dans mon cœur.

Ah ! je désire rêver…

Ô Silmarien, Fëanárdil la Flamme du Crépuscule Étoilé veut chanter « je t’aime » !

No in elenath hîlar nan râd gîn, ce i melin… i lalaith híla o nîf gîn… ar i estel tinna mi i gloereb elu hin gîn…

Protégé : Textes – La Main dans le Sac [II,3]

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Post-it : Arborescence de mon livre

Je mets ici l’arborescence en trois tome de deux ou trois “livres” chacun de mon bouquin Fanórdil : i Apacened Ardassen…Vous pouvez donc enfin comprendre la structure de ce pavé, d’apocalypse et de fin du monde à l’épopée fantastique dans un autre monde, et enfin la création d’une utopie avec une Humanité reconstruite…

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Fanórdil : i Apacened Ardassen

Fanórdil : La Prophétie d’Arda

 

I Veth Amar

La Fin d’un Monde

Aduial Amar

Crépuscule d’un Monde

 

I Edledhiad

L’Exil

 

I Dhant i Vôr

La Chute de l’Obscurité

 

Aur Ôl

Aube d’un Rêve

 

Dúath ar Calad

Ombre et Lumière

 

Medulaer Heleg ar Naur

Une Symphonie de Glace et de Feu

 

 

I Annost Amar

La Résurrection d’un Monde

 

Ôl Amar

Rêve d’un Monde

 

I Aur Andrann Sain

L’Aube d’une Ère Nouvelle

 

 

 

… trois tomes…. sept livres… deux chiffres très symboliques…

Trois… l’ordre, la puissance, la forme de toute oeuvre : le Commencement, l’Histoire, la Fin… l’Aube, le Jour, le Crépuscule… le Passé, le Présent, l’Avenir… la Mère, la Fille, l’Aïeule…

Sept… la Magie… les Sept Étoiles du Nord… les Sept Royaumes Magiques… les Sept Mondes…

Sept dans Trois… Trois qui en engendrent Sept…